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Aude Mirkovic, porte-parole des Juristes pour l’Enfance : « Notre société doit accepter les limites au désir d’enfant. »

Un enfant pour toutes selon leur désir ? Le gouvernement Philippe prévoit d’étendre la procréation médicalement assistée aux couples de lesbiennes et femmes seules. Entretien avec Aude Mirkovic, porte-parole des Juristes pour l’Enfance.

Aude Mirkovic mariée, mère de trois enfants, est maître de conférences en droit privé. Elle publie PMA-GPA: quel respect pour les droits de l’enfant? (Téqui, 2016). ©Hugo Ribes
Aude Mirkovic, auteur de La PMA : un enjeu de société : Va-t-on enfin prendre les droits de l’enfant au sérieux ? (éd. Artège, 2018). © Hugo Ribes

Le gouvernement d’Édouard Philippe soumettra le texte qui étend la Procréation Médicalement Assistée (PMA) aux couples de lesbiennes et femmes célibataires à l’examen du Parlement le 23 septembre. Les associations opposées à l’extension de la PMA manifesteront le 6 octobre. Rencontre avec Aude Mirkovic, porte-parole des Juristes pour l’Enfance.

Pouvez-vous présenter l’association Juristes pour l’Enfance ?

L’association Juristes pour l’Enfance regroupe en grande partie des professionnels du droit (magistrats, avocats, enseignants-chercheurs…) qui mettent leur expertise juridique au service des droits de l’enfant. Notre Bible est la Convention internationale des droits de l’enfant établie par l’ONU et la plus ratifiée au monde. Et c’est tant mieux. Cela signifie que notre époque se soucie de respecter les droits de l’enfant. Mais nous constatons qu’ils sont malheureusement plus faciles à proclamer qu’à respecter dès lors qu’ils contrarient des projets politiques. Notre association de juristes défend donc les droits de l’enfant et alerte sur les dangers qu’ils encourent.

Quel problème pose la PMA avec donneur ?


« Le préjudice est tellement réel que dans la quasi-totalité des cas les gens préfèrent mettre fin à la grossesse. »


L’extension de la PMA aux couples lesbiens et aux femmes célibataires l’aggrave-t-il ?

 La légalisation de la PMA étendue implique-t-elle la légalisation de la GPA ?

Au sens strict, ce n’est pas parce qu’on légalise la PMA qu’on est obligé de légaliser la GPA. Mais d’un point de vue politique, si, puisque ce qui est revendiqué, c’est une idée erronée de l’égalité qui voit dans les différences naturelles des discriminations. C’est-à-dire qu’un couple de femmes serait discriminé par rapport à un couple hétérosexuel parce que les premières ne peuvent pas engendrer. À ce compte-là un homme qui ne peut pas porter un enfant est lui aussi victime de discrimination. Donc si on adhère à cette vision erronée de l’égalité, on est obligé de passer à la GPA. C’est pourquoi, oui, il y a un lien entre PMA et GPA. Et il y a un autre lien évident. Si le désir d’enfant prime sur toute autre considération, y compris les droits de l’enfant, il n’y a alors aucune raison de s’arrêter à la PMA pour les femmes. On va droit vers la GPA. En premier lieu pour les hommes, puis pour tout le monde.

La légalisation de la PMA est-elle un préalable à la GPA comme la légalisation du mariage homosexuel a été un préalable à la PMA ?


« Notre société doit accepter les limites au désir d’enfant. »


La Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) a condamné l’État français à reconnaître des enfants issus de la GPA. Est-ce à dire que la CEDH autorise la pratique pourtant interdite par la législation ?

La Cour européenne des droits de l’homme bafoue-t-elle les droits de l’enfant ?

Si la Cour européenne des droits de l’homme était capable de protéger les droits de tous, y compris ceux de l’enfant, cela se saurait. Au nom des droits de l’homme, la Cour européenne oblige les États à fermer les yeux sur la pratique de la Gestation Pour Autrui. La juridiction condamne les États à régulariser au sens administratif du terme toutes les situations, alors même que la GPA entraîne par définition une méconnaissance grave des droits de l’enfant. Donc dès lors que la Cour européenne des droits de l’homme n’est pas capable d’interdire la gestation pour autrui, malheureusement elle ne constitue pas du tout un rempart fiable des droits de l’enfant.

Propos recueillis par Vladimir Razimowsky

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