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Conférence pour la liberté religieuse aux Etats-Unis : danger pour les religions dans le monde

Du 16 au 18 juillet, se tenait la deuxième conférence pour la liberté religieuse à Washington. En apparence bien établi au niveau institutionnel, le droit à croire est régulièrement attaqué aux Etats-Unis et dans le monde.

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Cette semaine, le gouvernement américain organisait pour la deuxième fois la conférence ministérielle pour la promotion de la liberté religieuse. A son issue, le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo a annoncé la création d’une Alliance internationale pour la liberté religieuse et le vice-président Mike Pence a indiqué que les Etats-Unis allaient pousser la Corée du Nord à respecter la liberté religieuse.

Mais pourquoi un tel événement est-il organisé aux Etats-Unis, pionniers dans le domaine de la liberté religieuse ? Dans quel contexte religieux, national et international, cette conférence s’est-elle tenue ?

Un cadre institutionnel pourtant bien établi

Dès leur formation, les Etats-Unis d’Amérique placent la liberté religieuse en valeur essentielle de leur Constitution. James Madison, l’un des pères de ce texte, écrit : « ce sont les convictions et la conscience de chaque homme qui doivent dicter la manière dont il exerce sa religion. Ce droit est par nature un droit inaliénable ». Cette conception se retrouve dès le premier amendement de la Constitution des Etats-Unis, qui stipule : « le Congrès ne fera aucune loi concernant l’établissement d’une religion, ou interdisant le libre exercice de celle-ci ».

De nombreux textes juridiques ont permis l’application de ce principe dans l’espace publique et dans le domaine professionnel. Ainsi, la religion n’est pas un facteur d’aptitude à l’exercice de la fonction publique. Les employeurs privés peuvent tenir « raisonnablement compte des pratiques religieuses sincères » de leurs employés tout en respectant leur liberté de croire.

Si la laïcité reste un concept propre à la France, le cadre constitutionnel et juridique des Etats-Unis permet la protection des droits de chaque religion dans les cinquante Etats.

Une situation plus complexe que les textes

Depuis quelques années, les attaques envers la liberté religieuse se font de plus en plus fréquentes aux Etats-Unis. Donald Trump reflète cette croissance de l’intolérance envers les différentes religions. Nombre de ses propos sont considérés comme des attaques contre les musulmans. Disposant d’une base solide de chrétiens évangélistes, le Président américain a souvent été accusé d’attiser les tensions religieuses.

President Trump addresses nation on South Asia strategy

« Depuis 2014, le nombre de « crimes de haine », motivés par des préjugés religieux, a augmenté d’environ 41% », selon l’Observatoire de la liberté religieuse. En réalité, ce mouvement anti-religieux a touché principalement les minorités religieuses après les attentats du 11 septembre 2001, en particulier les musulmans.

La pratique de la religion dans la vie publique et  l’expression d’opinions fondée sur des convictions religieuses déclenche désormais une hostilité certaine dans le pays.

La liberté religieuse mise en danger dans le reste du monde

Le rapport 2018 de l’Observatoire de la liberté religieuse est catégorique : la liberté religieuse dans le monde se dégrade d’année en année. Dans 38 pays dans le monde, des discriminations et des persécutions sont constatées en fonction de la religion pratiquée.

Carte liberté religieuse


>> A Lire : Le rapport 2018 de l’Aide à l’Eglise en Détresse


Par exemple, les autorités chinoises souhaitent une sécularisation totale du pays. Selon la Constitution, « l’Etat protège les activités religieuses ordinaires ». Les membres du parti doivent néanmoins être des « athées marxistes flexibles ». Dans plusieurs provinces, des églises ont été détruites, des croix démolies et des prêtres chrétiens arrêtés.

Lors de la conférence pour la liberté religieuse ces deux derniers jours, le vice-président américain a mis la lumière sur le cas de la Corée du Nord. Ce pays est l’un des territoires où les chrétiens sont les plus persécutés. Il a annoncé que des négociations seraient engagées avec Kim Jong-Un pour améliorer cette situation.


>> A Lire : Les États-Unis vont pousser pour la liberté religieuse des chrétiens en Corée du Nord

>> A Lire : Index de persécutions des chrétiens dans le monde en 2018-2019


Dans les pays démocratiques qui respectent institutionnellement la liberté religieuse, les fidèles de toutes confessions font face à des sociétés paradoxales. Ces dernières montrent une volonté de sécularisation totale. Néanmoins, un retour du religieux sous des formes extrêmes dans la sphère publique est observable.

Un intérêt politique pour les Etats-Unis

Cette conférence peut également permettre aux Etats-Unis de renforcer leur main-mise sur la scène politique internationale. Ce type d’initiatives consensuelles permet d’améliorer leur image et facilite une intervention dans les affaires intérieures d’un autre pays.

Bien qu’il s’agisse d’une action positive et nécessaire pour protéger la liberté de croire partout dans le monde, la volonté des Etats-Unis de se faire les défenseurs uniques de la liberté religieuse renvoie également à la « Destinée manifeste », doctrine du XIXe siècle selon laquelle les Américains auraient une mission divine d’étendre la civilisation.

Mathilde Piqué