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Turquie : déclin économique du pays et défaite d’Erdogan. Quelles conséquences ?

L’AKP d’Erdogan vient de perdre la mairie d’Ankara : c’est un camouflet pour un président qui avait annulé des élections perdues de peu, et qui se retrouve, cette fois-ci avec une défaite majeure. Pourquoi un tel désaveu ?

Parce que la situation économique et sociale du pays se révèle catastrophique : ce pays de 80 millions d’habitants voit sa croissance économique ne progresser que de 1%, alors que l’inflation  atteint 13% et le déficit public dépasse les 5% du PIB.

La capitale économique de la Turquie n’avait pas vu de tel retournement de situation depuis longtemps. Cela faisait 25 ans que la capitale était dirigée par l’AKP d’Erdogan, qui en a lui-même été maire de 1994 à 1997. Sa défaite est un revers cinglant, puisqu’il avait demandé l’annulation de l’élection du 31 mars. Les résultats ont donné encore plus d’avance au candidat de l’opposition. La revanche était visible dès les portes d’entrée de la ville : certains ont fait état d’embouteillages à la sortie des aéroports et d’un trafic inhabituel dans la principale gare de bus de la ville.

« Le résultat du jour n’est pas synonyme d’une nouvelle page. Il est synonyme d’un nouveau départ ! Istanbul sera à présent dirigée par la justice, l’égalité, l’amour et la compréhension mutuelle », a déclaré Ekrem Imamoglu, le nouveau maire.

Immédiatement après la victoire, il s’est rendu dans le quartier dans lequel il a été élu, pour prononcer un discours où des dizaines de milliers de supporteurs l’attendaient. « Je ne vais pas diriger cette ville tout seul ! Les dirigeants des partis ne sont pas sacrés, ils ne sont pas au-dessus du peuple », a-t-il déclaré face à des dizaines de milliers de ses partisans.

Au lendemain de l’élection, les journaux ont donné dans les superlatifs. « Le choix d’Istanbul », a titré Hurriyet en publiant une photo d’Imamoglu et de sa femme, Dilek, tandis que Cumhuriyet a consacré une pleine page de couverture au nouveau maire n’hésitant pas à parler de la « perte d’un seul homme » (Erdogan).

La presse pro-gouvernementale est, elle, restée plus mesurée, en titrant seulement sur le fait qu’Istanbul avait voté dimanche. Le quotidien Turkgun a même publié une photo de l’allié d’extrême droite d’Erdogan, Bahceli, indiquant qu’il était temps de revenir « au vrai agenda » de la Turquie.

Cette victoire ne doit pas faire oublier l’appareil répressif qui s’abat sur la Turquie : récemment, plusieurs universitaires ont été condamnés.

Ne pas oublier non plus les problèmes géopolitiques majeurs du pays.

 – La question Kurde toujours explosive pour cette minorité qui réclame son indépendance depuis un siècle. Ils seraient environ  12 millions sur un total  estimé à 20 millions, soit 14% de la population turque.

– L’appartenance à l’OTAN : que signifie-t-elle aujourd’hui ? Le traité était conçu pour contrer la menace de l’ex-URSS. La Russie de Poutine ne constitue plus une menace pour l’Occident. Certes c’est une puissance nucléaire, mais au niveau géopolitique, le chiffre majeur est le PIB. Or celui de Moscou est inférieur à celui de la France !

– La guerre de Syrie : elle est remportée par Bachar el Assad et la hantise d’Erdogan est la réunion des communautés kurdes créant un Etat.

Que penser du présent et de l’avenir de la Turquie ? Pour nous, la géopolitique a toujours la même réponse : l’équilibre économique. L’inflation ronge le niveau de vie et l’équilibre social de la nation.

L’avenir de la Turquie est certes imprévisible, mais surtout peut se révéler explosif.

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