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Les vérités  2019 – Liban, Syrie : l’histoire et l’actualité demandent à la France de retrouver son influence. Renouer des relations avec Damas devient possible   

On doit d’abord rappeler les données historiques de ces deux pays. Jusqu’en 1920, date à laquelle fut démantelé l’empire ottoman par les Occidentaux, Liban et Syrie faisaient partie de la même Wilayet, nom des provinces ottomanes. A cette date ce furent des protectorats français et cela jusqu’en 1945. A cette date deux pays sont créés, mais l’influence et la culture française reste présente.

Une particularité : l’importance du christianisme : 30% de chrétiens au Liban et 10% en Syrie avec des représentations politiques toujours présentes.

1- Le Liban. Après neuf mois de crise un nouveau gouvernement a été constitué et la nouvelle a été accueillie par des feux d’artifice à Beyrouth. Menacé par un effondrement économique, le Liban est enfin parvenu à un accord politique.

Ce nouvel exécutif confirme la percée du parti chiite pro-iranien Hezbollah et de ses alliés, avec l’accord du président chrétien Michel Aoun. Avec une dette de 150% du PIB et un budget en déficit de 15%, la faillite n’est évitée qu’avec l’aide de la diaspora libanaise, mais l’économie reste très fragile, d’après la Coface.

Autre fragilité : le million et demi de réfugiés syriens qu’il faut héberger et nourrir. « Pour le Liban, c’est une bombe à retardement » estime Albert Abi Azar, président de l’ONG Alpha. « La situation est très grave car nous sommes en ce moment en pleine déstructuration sur le plan des administrations d’état ». Des Syriens sont installés au Liban, depuis 2012, et leur retour dans leur pays est incertain.

2- La Syrie. Bachar el Assad voit-il la fin du tunnel ? Le dirigeant syrien a fait un retour en force en Syrie et rentre en grâce dans la région. Cette guerre, a fait depuis mars 2011 plus de 360 000 morts, des millions de réfugiés et a morcelé la Syrie.

En 2012, Barack Obama  affirmait que « les jours d’Assad » étaient « comptés » et les Occidentaux avec leurs alliés arabes mettaient tout leur poids dans l’opposition au président syrien. Six ans plus tard, grâce à l’intervention militaire de l’allié russe depuis 2015, Assad, aidé aussi par l’Iran et le Hezbollah libanais, contrôle près des deux tiers du pays. Il semble capable de reprendre le contrôle du tiers restant, dans le nord, sous domination des Kurdes qui ont instauré une autonomie dans plusieurs régions.

Le 19 décembre et à la surprise générale, le président Donald Trump annonçait le retrait prochain des forces américaines de Syrie, où elles aidaient les forces kurdes. Les Kurdes ont alors appelé à l’aide l’armée syrienne, qui s’est déployée pour la première fois autour de Minbej (nord), face aux menaces d’une offensive de la Turquie voisine, pour qui les Kurdes sont des « terroristes ».

Mis à l’écart de la scène diplomatique, Bachar el-Assad  bénéficie aujourd’hui d’un retour en grâce. En décembre, les Émirats arabes ont rouvert leur ambassade à Damas, Bahreïn a repris le travail dans sa chancellerie et le Soudanais Omar el-Béchir a effectué la première visite à Damas d’un chef d’État arabe depuis 2011

La Syrie de Bachar el-Assad avait été suspendue de la Ligue arabe en novembre 2011, mais un diplomate arabe à Beyrouth évoque une ouverture en direction de Damas. Selon lui, « les Émirats ont reçu le feu vert du royaume saoudien pour rouvrir leur ambassade », signe que Riyad pourrait s’engager dans cette voie. Et Bagdad jouerait les médiateurs pour le rétablissement des liens entre Damas et le Qatar. Une  participation de la Syrie à un sommet économique de la Ligue arabe, les 19 et 20 janvier à Beyrouth, est en cours de négociation. D’après une source diplomatique libanaise, l’Égypte soutient un retour de la Syrie dans l’organisation panarabe.

Assad cherche à capitaliser sur ses succès en concluant des accords pour la reconstruction de la Syrie, estimée par l’ONU à quelque 400 milliards de dollars.

Et la France ? Faut-il rappeler encore une fois que nous avions comme ambassadeur à Paris une exception : une femme et qui plus est une catholique pratiquante. Les Assad  collaboraient en effet, au plus haut niveau, avec la minorité chrétienne.

Retrouver une voie diplomatique avec la Syrie devient possible. Pensons aussi aux chrétiens d’Orient.