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Les vérités 2019 – Les forces armées américaines semblent vouloir quitter la Syrie. Quelles conséquences pour le Moyen Orient et pour la France ?

La politique isolationniste de Donald Trump prend-elle un nouveau virage en annonçant le retrait du contingent américain de Syrie, puis semblant revenir en arrière ? 

Est-ce un tournant politique et géopolitique lorsqu’on se réfère aux deux guerres d’Irak menées par ses prédécesseurs, à la position de Washington vis à vis de la Turquie et des Kurdes ?  Quelle cohérence avec son hostilité croissante vis à vis de l’Iran et ses sanctions économiques draconiennes à l’encontre de Téhéran ?

Le président américain s’est entretenu avec Emmanuel Macron et il semble que le retrait américain de Syrie sera progressif. Récusé par une partie de la communauté internationale, le président Bachar el Assad consolide pourtant son pouvoir diplomatique et militaire dans un pays ravagé par près de huit ans de guerre. Les Émirats Arabes Unis ont même rouvert leur ambassade à Damas le 27 décembre.

« Les jours du président Bachar Al Assad sont compté ». Candidat à sa réélection en 2013, Barack Obama annonçait, lors du débat présidentiel américain de l’entre-deux tours, que la guerre syrienne allait être rapidement achevée, au profit d’une opposition soutenue par les pays occidentaux.

Grâce à l’intervention militaire de l’allié russe depuis 2015, les forces armées du président syrien, avec l’aide de l’Iran et du Hezbollah libanais, ont aujourd’hui repris le contrôle de près des deux tiers du pays. L’annonce surprise du retrait des troupes américaines dans le Nord, sous domination kurde, peut-il rendre le régime gagnant sur le terrain , s’interroge une source politique kurde.

Quelle politique jouerait Paris face à cette nouvelle donne ?

Rappelons d’abord l’Histoire. La Syrie fut un protectorat français jusqu’en 1945, succédant à la domination ottomane et la minorité chrétienne  participait à la gouvernance du pays.

Lorsque nous rompons les relations diplomatiques avec Damas en 2012, l’ambassadrice était une chrétienne, Lamia Chakkour, cas unique au Moyen Orient. Nous avons déjà déploré cette erreur et nous déplorons avoir été seuls à donner l’information.  Lamia Chakhar reste  malgré tout, aujourd’hui représentante de la Syrie auprès de l’UNESCO.

Longtemps mis au ban du monde arabe, Bachar Al Assad bénéficie d’un certain retour en grâce avec une réintégration de la Syrie dans la Ligue Arabe, dont elle avait été suspendue en 2011, et bénéficie toujours de l’appui russe.

« Les États arabes se sont engagés dans un processus de réouverture des frontières entre la Syrie et la Jordanie, et des ambassadesà Damas. Les Émirats Arabes Unis ont donc déjà rouvert la leur, et Bahreïn et le Koweït devraient prochainement leur emboîter le pas », annonce l’historien Pierre-Jean Luizard, directeur de recherches au CNRS  et spécialiste du Moyen-Orient. Fin décembre, Abou Dabi, qui a soutenu la rébellion et  l’opposition en exil, à l’instar de plusieurs autres pays du Golfe, a officiellement rouvert ses bureaux.

Les ambassades occidentales suivront-elles ? Il semble que l’Italie étudie le dossier. La géopolitique ne peut ignorer les réalités : Roosevelt, Churchill, de Gaulle en sont des exemples historiques. Que ferons-nous si les pays européens reconnaissent la Syrie de Bachar el Assad ?

Savoir reconnaître les réalités reste toujours un impératif politique. Certes les rapports avec Ankara, le problème kurde, l’hostilité entre sunnites et chiites restent des conflits toujours sans solution, mais concernant la Syrie, la France doit soutenir le seul pays arabe ayant accepté de collaborer avec la minorité chrétienne.