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Iran : la faillite économique, les troubles sociaux prennent une dimension géopolitique

Rappelons d’abord ce que représente l’Iran aujourd’hui. C’est un pays de 83 millions d’habitants (20 millions en 1960), parlant le persan, une superficie de 1,5 million de Km2, un PIB de 500 milliards de dollars (le 1/5ème de la France), des ressources pétrolières et gazières importantes. C’est une dictature chiite, avec un « guide suprême », El Khamenei.

Les sanctions américaines bloquant les exportations de pétrole ruinent le pays qui subit une récession et une inflation de 100%. La décision gouvernementale de doubler le prix de l’essence a provoqué un soulèvement populaire violemment réprimé.

« La décision du gouvernement d’augmenter le prix de l’essence n’a servi que d’étincelle, confie Saeed Laylaz. La vraie raison demeure la crise économique subie par les Iraniens depuis quinze ans, avec cette inflation de 100 %. Ainsi, la colère exprimée est aussi une réaction à la corruption du gouvernement, et à son incompétence. » Pour cet économiste, proche du camp réformateur, c’est la mauvaise gestion du gouvernement qui explique le taux élevé de l’inflation et non pas les sanctions américaines.

Classes populaires insultées ? Officiellement, le gouvernement a promis de reverser les 2,3 milliards de dollars  acquis par le relèvement du pétrole aux couches sociales défavorisées de la population : ces aides ont commencé à être distribuées à la population  le 18 novembre. Mais, pour beaucoup d’Iraniens, marqués par les scandales  au sommet du pouvoir, la mesure fait déborder le vase de leurs ressentiments.

« Les classes sociales  défavorisées ont eu le sentiment d’être insultées par cette mesure, confirment les opposants ». Ces contestataires lançaient des slogans politiques contre l’ensemble du régime et ont été réprimés.  Pour l’heure, les sites de presse officiels se cantonnent à un bilan de cinq morts, un civil et quatre membres des forces de l’ordre (un policier, un Gardien de la révolution et deux miliciens).

« Il est intéressant de noter qu’au-delà d’informations publiées ici et là sur les sites officiels les autorités iraniennes se sont pour l’heure bien gardé de communiquer un bilan réel des victimes, alors qu’elles disposent du chiffre exact du nombre de morts », souligne Raha Bahreini, chercheuse sur l’Iran à Amnesty International.

D’après un nouveau rapport publié par l’ONG, le bilan des victimes des manifestations en Iran serait d’au moins 143 morts, dont 40 pour la province du Khouzestan (sud), 34 pour celle de Kermanshah (ouest) et 20 pour la région de Téhéran. « Avec le retour d’Internet dans le pays, nous avons pu communiquer avec des défenseurs iraniens des droits humains : des journalistes, des proches et des voisins des victimes donnant des informations crédibles en lesquelles nous avons confiance, explique Raha Bahreini.                                                                                                                                     

Le guide suprême, Ali Khamenei, semble vouloir faire oublier sa faillite économique due aussi à une politique extérieure agressive, car ces derniers mois, les tensions dans le Golfe se sont intensifiées. Un drone américain a été abattu en juin par l’Iran et en septembre des installations majeures du géant pétrolier saoudien Aramco ont été attaquées. Téhéran en a été accusé, mais les Etats-Unis se sont alors abstenus de  représailles.

Par contre faire passer le porte-avions Lincoln par le détroit d’Ormuz est certainement censé envoyer un message de défi et de force, après des mois de provocations de la part de Téhéran. Le dernier passage de ce détroit, par lequel transite près d’un tiers du pétrole brut mondial, par un porte-avions américain remonte à avril 2019, selon le Pentagone.

Le détroit d’Ormuz est particulièrement vulnérable en raison de sa faible largeur, 50 kilomètres environ, et de sa profondeur, qui n’excède pas 60 mètres. La République islamique menace régulièrement de le bloquer en cas de confrontation avec les Etats-Unis.

Une menace crédible ? «  Il est presque certain que les Etats-Unis ne quitteront pas le Golfe. Même dans le cadre de la politique de Trump, ils doivent rester une menace crédible face à l’Iran « , explique à l’AFP Aleksander Mitreski, analyste spécialisé dans les questions de sécurité.

Concluons : le Moyen Orient reste une poudrière, avec l’Iran en première ligne. Un embrasement ? C’est possible : l’Irak, la Lybie, la Syrie nous l’ont appris.

La France, l’Europe, les Etats Unis doivent tout faire pour éviter l’engrenage.

Commentaires

  1. Bonjour,
    Je suis journaliste iranien. J’aimerais préciser: primo, le guide suprême iranien s’appelle Ali Khamenei
    secundo, le gouvernement a triplé le prix de l’essence.

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