le direct Musique sacrée

Une soirée de bonheur : Les Noces de Figaro au théâtre des Champs Elysées

Cette production a l’ambition d’être aussi proche que possible d’une représentation du temps de Mozart… Est-ce cette ambition qui permet à ce théâtre de jouer à guichet fermé ? Ou la présence d’un metteur en scène d’opéra célèbre ? (James Gray) Peur importe, ce succès se justifie pleinement !

On est privé des fantasmes personnels du metteur en scène qui préfère respecter le livret de Da Ponte et la pensée de Mozart. James Gray traduit au plus près le récit de « La Folle journée » tel que les contemporains ont pu l’entendre. Certes pas de surprise ; le théâtre et sa dramaturgie sont dans la musique admirablement présente…

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Avec ce compositeur qui comprend mieux que quiconque l’âme humaine, et tous ses ressorts psychologiques, on ne peut pas se tromper. Surtout si l‘on a affaire à un plateau vocal de cette qualité, parfaitement homogène avec un comte hardi, insolent ( Stéphane Degout) , à la voix rayonnante projetée dans une aisance confondante, époux d’une  comtesse,(Vanina Santoni) jeune et belle qui vocalement ne nous fait pas oublier les plus grandes, ce qui ne l’empêche pas de  nous émouvoir souvent en chantant toute la grandeur et la mélancolie de ce beau personnage ; on comprend que la très piquante Suzanne (Anna Aglatova) au timbre chaud et coloré soit amoureuse de son jeune et vaillant Figaro (Robert Gleadow)  avec un véritable  abattage physique et musical ; et que ce soit grâce aux deux principaux couples  et à tous les autres rôles, on vit intensément l’histoire de ces personnages dans l’émerveillement. Cela vient certes d’une direction d’acteur très présente, efficace, précise, cohérente. Il faut également parler des costumes dessinés par Christian Lacroix. Ils contribuent à l’enchantement. Mais l’impulsion, la nervosité et la fébrilité, l’expression magnifique de chaque phrase musicale qui exprime tous les sentiments de chaque personnage c’est Jérémie Rhorer qui l’insuffle aux musiciens de son orchestre « Le Cercle de l’Harmonie ». Pas un instant ne faiblit cette intensité, cette mise en valeur d’une compréhension si profonde de l’œuvre de Mozart. Le public ne manifeste aucune frustration devant ce spectacle qui ne propose pas d’autre mystère que celui, éternel de Mozart …