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Stupéfiante nouvelle production à l’opéra Bastille : Lady Macbeth de Mzensk (Dmitri Chostakovitch)

Cet opéra de ce compositeur Russe, un des plus beaux de tous les opéras de ce pays, reste mal connu. Et ce somptueux spectacle que nous offre l’opéra Bastille va assurément contribuer à une meilleure connaissance de l’œuvre et du compositeur. La critique d’Edith Walter.

Cet opéra de ce compositeur russe, un des plus beaux de tous les opéras de ce pays, reste mal connu. Et ce somptueux spectacle que nous offre l’opéra Bastille va assurément contribuer à une meilleure connaissance de l’œuvre et du compositeur.

Écrit au moment du réalisme socialiste où tout écart à l’idéologie communiste est impitoyablement sanctionné, son audace surprend. L’œuvre, inspirée par celle d’un écrivain russe : Nikolay  LesKov, raconte, du début à la fin, l’histoire d’une femme qui n’accepte ni de se résigner à être la femme d’un nigaud impuissant ni de se soumettre à une société et à un beau-père tyrannique, cruel et vicieux. La révolte et le tempérament de cette héroïne d’une sensualité brûlante l’entrainent dans les bras d’un homme sans foi ni loi qui l’incitera et la poussera au crime et au suicide. Cette descente aux enfers, illustrée par le redoutable metteur en scène : «Warlikovski  » nous emmène dans un rythme implacable à un état d’anéantissement sans espoir.

 

Contrairement à son habitude, Warlikovski épie et traduit dans un réalisme cru, saisissant, tous les désirs et les sentiments de Katerina. Il s’inspire au plus proche du texte et de la musique avec une force et une intensité brutale, sidérante. Cette fusion visuelle et musicale donne de grands moments de théâtre, inoubliables. Mais ce parti pris n’est réalisable que grâce à la fantastique « Katerina », cette cantatrice lituanienne : Ausriné

Stundyté,soprano dramatique à la voix puissante et aérienne dans un rôle d’une virtuosité effrayante. La voix ne faiblit jamais, la présence dramatique non plus. Imaginez un décor représentant sur les deux tiers de la scène un abattoir pour porcs et à côté dans une sorte de boite transparente, l’appartement de Katerina, petite femme, cheveux en brosse,

qui ne redoute ni l’engagement d’un amour sauvage ni la violence des agressions mortelles .

Les scènes d’un érotisme à peine supportable sont magnifiées par la beauté de cette voix dont les inflexions épousent toute la gamme des sentiments. Serguei son amant (Pavel Cernoch), séducteur déguisé en cowboy, véritable voyou, traître cruel, donne, avec sa belle voix de ténor, l’illusion de l’élégance d’un grand amour. Contraste saisissant avec l’aspect balourd, vulgaire et menaçant du beau-père Boris Timofeevich, qui avec sa superbe voix de basse, nous terrifie.

 On entend très rarement sur scène un ensemble de voix aussi exceptionnelles qu’il s’agisse des grands et des moins grands rôles. Et que dire de ce chœur de l’opéra de Paris d’une homogénéité parfaite, il nous plonge successivement dans l’atmosphère d’un abattoir, d’une noce, d’une foule de bagnards ; leur chant puissant, précis, coloré par toutes les nuances, envahit la salle et son public.

La somptueuse partition de Chostakovitch vibre de façon poignante sous l’impulsion du chef d’orchestre « l’Orchestre de Paris se plie à tout Ingo Metzmacher » que ce soit l’explosion violente ou la tendresse infinie les multiples intentions de cette musique.

Le public abasourdi par tant de beauté de richesse se déchaine à son tour, rendant un juste hommage aux artistes responsables de ces moments d’exceptions. Cette production de référence restera dans toutes les mémoires.