le direct Musique sacrée

Le prince Igor (Alexandre Borodine) à l’Opéra Bastille

On attendait avec impatience l’entrée de cet opéra somptueux à l’Opéra de Paris, et notre déception est d’autant plus grande.

mwmhytpkcy65g0qn6u41Ce n’est pas la réalisation musicale de cette œuvre féérique, haute en couleur ici magistralement dirigée par le chef d’orchestre Philipe Jordan avec des chœurs exemplaires et une remarquable performance de ces voix russes qui nous a déçu, mais une mise en scène laide, vulgaire, en complète contradiction avec la flamboyance  de la musique ! Les premières images de l’ouverture nous donne la brève illusion d’un enchantement : dans un éclairage lumineux apparait l’intérieur d’une église russe avec le prince Igor assis sur le trône, mais on est très vite désarçonné : le prince semble atteint d’une crise épileptique, se tord, s’enduit de cambouis puis se désarticule avant de s’écrouler. On comprend immédiatement le but du metteur en scène (Barrie Kosky) : apporter un message original, ambitieux, politique qui se veut universel, quitte à s’éloigner complètement du livret et de la luxuriance de la musique. Et toute l’illustration de ce spectacle en découle… par exemple au deuxième acte on se retrouve dans un sombre sous-sol où le Prince Igor prisonnier, vêtu misérablement, git par terre les pieds attachés par une corde, victime de scènes sadiques que rien ne justifie. On assiste au viol collectif d’une nonne qui se débat misérablement… Aucun costume d’époque mais des hardes hideuses dans un gris sale, uniforme, on est dans une époque indéterminée bien loin du XIIe siècle original et d’une ville Ukrainienne. Bref on renonce à l’envoutement espéré, attendu…

Le public manifeste fort sa désapprobation ! Et pourtant, si l’on ferme les yeux, la voix sombre, puissante, du prince Igor (IIdar Abdrazakov ) a toute la somptuosité d’une  grande basse russe, sa femme Jaroslavna (Elena Stikahina), sa compatriote a la véhémence et le flamme nécessaire au rôle, le prince Galitski (Dmitry Ulyanov) est bien la brute qui a usurpé le pouvoir pendant l’absence du Prince Igor, mais surtout la  Kontchakovna (Anita

Rachvelishvilli) nous éblouit par la beauté de la voix et sa présence scénique exceptionnelle. Grâce à tous ces musiciens et ces chanteurs nous retrouvons l’âme russe avec toute son humanité. Cette production se poursuit jusqu’au 4 décembre  à l’Opéra Bastille et sera en direct le 17 décembre dans le cadre des projections de Viva Opéra dans les cinémas UGC. Ne manquez pas d’entendre cette œuvre et sa richesse musicale que l’on entend trop rarement.