le direct Musique sacrée

« Il Primo Omicidio » de Scarlatti à l’Opéra Garnier : « une merveille »

Bravo, merveille le spectacle de la résurrection « d’Il Primo Omicidio» à l’opéra Garnier. Créé à Venise en 1707 cet oratorio est un des 38 écrits par le grand Alessandre Scarlatti. Véritable génie dont on ne finit pas de découvrir l’œuvre considérable. L’œuvre trouve son origine dans le livre de la Genèse. C’est la fameuse histoire du drame terrible entre les deux frères Abel et Caïn.

L’oratorio s’ouvre sur Adam et Ève chassés du paradis terrestre. Ils souhaitent apaiser la colère de Dieu en faisant un sacrifice. L’offrande que Caïn a offerte ne sera pas acceptée par Dieu alors que celle de son frère Abel est approuvée. Fou de jalousie et influencé par Lucifer, Caïn tuera lâchement son frère.

Une œuvre austère

Mais comment illustrer, animer ce récit qui est exprimé par une série de longs récitatifs et d’ariosos et seulement trois duos ? Comment éviter la monotonie et la lassitude des spectateurs ? En faisant appel au chef d’orchestre René Jacobs passionné par cette musique italienne du 18ème siècle et au scénographe très talentueux, Roméo Castellucci. La complicité des deux hommes nous offre un grand moment musical de grâce et de pureté. René Jacobs donne l’ampleur nécessaire à cet effectif orchestral pour que toute la beauté de l’œuvre trouve sa plénitude dans le cadre de l’opéra Garnier et parallèlement, Roméo Castellucci illustre le récit avec grandeur et dépouillement.

Dans une première partie, de grands tableaux de couleur symbolisent les différents éléments, ils renforcent l’impression de solitude et de désolation d’Ève et d’Adam accablés par le regret du péché originel.

La seconde partie est consacrée au meurtre de Caïn.

 Le scénographe a recours un stratagème ; il confie la partie théâtrale à des enfants qui jouent ce que chantent dans la fosse d’orchestre les différents personnages.

Ces enfants qui, dans un décor champêtre, miment le drame, installent un climat naïf, au deuxième degré, plus proche de l’immatérialité du récit de la Genèse.

La réalisation musicale nous comble de bonheur. Que ce soit la remarquable direction de René Jacobs, précise, élégante, pleine de douceur, ou les chanteurs, qu’ils viennent de Suède d’Angleterre ou autres, qu’ils soient soprane, mezzo, ténor ou contre-ténor, tous sont parfaits dans leur rôle …

On admire l’audace, l’originalité de cette création d’une véritable force spirituelle qui ne peut laisser personne indifférent.