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« Les Nabis et le décor » au musée du Luxembourg

Aujourd’hui, une œuvre d’art contemporain qualifiée de « décorative » n’est souvent pas bien vue. Une très belle exposition qui se tient actuellement au musée du Luxembourg, « Les Nabis et le décor », est riche d’enseignements sur le sujet et remet les pendules à l’heure.


On ne peut en effet soupçonner ces jeunes artistes (Bonnard, Sérusier, Denis, Vuillard et Ranson) qui se sont constitués en groupe Nabi en 1888, d’être « moins artistes » que les autres. Les peintres Nabis étaient très sensés, ont mené une réflexion profonde sur l’art et sur leur époque, ont créé un mouvement qui a fait la jonction entre l’art du XIXème siècle et l’art moderne. Leur habileté fut d’avoir répondu à des commandes de riches collectionneurs parisiens qui voulaient avant tout « décorer » leurs appartements ou leurs hôtels. Dans l’exposition sont ainsi présentés de grands ensembles d’œuvres de Vuillard réalisés pour les familles Nathanson et Vacquez, La Légende de St Hubert commandée par le Baron Cochin, etc. Toutes sont des œuvres admirables et un régal pour les yeux. Les Nabis profitèrent aussi d’une vogue qui traversa toute l’Europe à l’époque, celle du « japonisme » qui constitua en partie « l’Art Nouveau ». À Paris, en 1895, l’ingénieux Siegfried Bing ouvre rue Chauchat « La Maison de l’Art Nouveau » où sont exposés et vendus meubles, bibelots, vaisselle, paravents, papiers peints, vitraux, mélangés aux œuvres des Nabis, parfois exécutés par les Nabis eux-mêmes. Bonnard assuma totalement l’aventure en déclarant : « La peinture doit être surtout décorative ».