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Georges Dorignac, Corps et âmes, au musée de Montmartre

Georges Dorignac (1879-1925) fut un peintre reconnu en son temps, puis complètement oublié après sa mort précoce. C’est là souvent le destin des artistes.

Justice est parfois rendue. Longtemps après. Elle l’est avec cette très belle exposition en ce moment au musée de Montmartre (un bijou méconnu, à visiter d’urgence !) qui nous fait découvrir ce peintre, dans un parcours plutôt chronologique. D’abord, Dorignac peint dans une veine post-impressioniste (il admire Seurat et Signac notamment) des portraits de ses proches. Les naissances successives de ses trois filles lui donnent des sujets tout trouvés de belles maternités.

En 1910, le vol d’une partie de sa production met Dorignac dans une détresse financière et morale terrible. Peut-être peut-on expliquer par une sorte de résilience l’évolution radicale de son style qui fera la renommée de l’œuvre de Dorignac à partir de 1913. Habitant désormais avec femme et enfants à la Ruche – où il côtoie tous les artistes de l’Ecole de Paris (Soutine, Brancusi, Modigliani, Chagall etc.) – Dorignac exécute alors de splendides dessins « au noir », portraits et nus, empreints d’une grande profondeur, avec une exécution technique remarquable, où le noir exprime plus que toute autre couleur l’intériorité des modèles, le mystère des corps.

On est saisis en visitant l’exposition par cette modernité qui surgit soudainement, et qui fit dire à Rodin : « Dorignac sculpte ses dessins ». Des dessins au noir, mais aussi des sanguines, parfois les deux mixés, et d’autres pans de l’œuvre encore qui font de Dorignac un artiste à découvrir, assurément.