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Vincent Neymon : « Il faut qu’on améliore notre manière de communiquer sur la pédophilie »

Une volonté de transparence. La Conférence des évêques de France a publié, le mardi 30 octobre, un rapport sur la lutte contre la pédophilie dans l’Eglise. En un an et demie, 211 victimes d’abus sexuels se sont manifestées auprès des évêques, soit presque autant qu’entre 2010 et décembre 2016 et 75 signalements ont été faits au procureur.

Des sessions de formations se sont multipliées. Depuis 2017, elles sont comptabilisées et la CEF estime qu’entre 7000 à 8000 personnes ont « bénéficié d’une sensibilisation ou d’une formation » au sein des diocèses. « C’est une volonté de l’Eglise. Vous avez des diocèses qui ont organisé ces sessions », souligne Vincent Neymon, directeur de la communication de la Conférence des évêques de France, « elles sont de deux types : vous avez la sensibilisation qui peut durer deux ou trois heures dans une réunion, mais l’essentiel est dit, on invite les gens à faire les formations, à ouvrir un site « lutter contre la pédophilie », à ouvrir le livret qui a été fait dessus, etc. Et puis vous avez la formation elle-même, d’une journée minimum » et jusqu’à 40 jours quand vous optez pour la formation proposée par le Vatican. Pour Vincent Neymon, les évêques ont conscience de l’importance d’organiser ces rendez-vous, quant à « la CEF, sur le plan national, nous multiplions ces interventions dans les diocèses. »

« (…) ce rapport est une réponse modeste mais une réponse quand même aux questions que l’on peut se poser légitimement sur la pédophilie en France, où en est-on ? Que fait-on ? »

La pédophilie, une question devenue mondiale avec la Pennsylvanie, l’Irlande, l’Allemagne ou encore le Chili. « Il était de notre devoir de faire le point publiquement sur l’état des lieux en France » reprend V. Neymon, « donc ce rapport est une réponse modeste mais une réponse quand même aux questions que l’on peut se poser légitimement sur la pédophilie en France, où en est-on ? Que fait-on ? »

Le rapport fournit peu de données, « on a les données essentielles: les victimes qui se sont exprimées, la justice saisit et le nombre de clercs concerné. Ce rapport a aussi la modeste ambition d’expliquer le dispositif qui est mis en place depuis deux ans ». Reconnaissant que le rapport de 2017 était « un peu laconique« , la CEF compte publier un rapport tous les 18 mois ou tous les deux ans » et plus fourni. « Nous voyons bien qu’il y a des questions auxquelles on ne répond pas encore et que ce travail, non pas de transparence parce que ce mot est quelque peu galvaudé,  mais ce travail d’honnêteté est important, communiquer sur la pédophilie, c’est lutter contre la pédophilie. La communication permet à tout le monde de prendre conscience de ce fléau et de répondre à la lettre du pape, du 20 août 2018.« 

 » (…) les choses ne se font pas automatiquement donc il ne s’agit pas de mettre, tout à coup, des personnes victimes, dans toutes les instances, ce serait démagogique et ce serait de la poudre aux yeux. »

Pour ce qui est du témoignage, il n’est pas question de les intégrer dans le rapport, « ce n’est pas le lieu  » pour Vincent Neymon, « ils sont très importants mais il faut qu’il soit à leur juste place, ils sont là pour nous faire prendre conscience qu’il y a des cas, ça c’est le plus important. » Il est question aussi de travailler avec ces victimes, et pourquoi pas les intégrer dans les cellules d’écoute et d’accueil, « travailler à l’évaluation et la mise en place de dispositif, il faut qu’elle fasse partie de la cellule permanente de lutte contre la pédophilie, aujourd’hui ce n’est pas le cas mais peut-être qu’un jour ce sera le cas. Ces personnes qui ont malheureusement une expérience, peuvent apporter une expertise sur le sujet. Il faut y aller doucement parce que ces personnes ont vécu quelque chose de traumatisant, ils sont dans une grande souffrance, les choses ne se font pas automatiquement donc il ne s’agit pas de mettre, tout à coup, des personnes victimes, dans toutes les instances, ce serait démagogique et ce serait de la poudre aux yeux. » précise Vincent Neymon.

Aujourd’hui, les évêques, rassemblés à Lourdes, recevront pour la première fois des victimes d’abus sexuels, « tant que l’on n’a pas rencontré ces personnes qui ont vécu un traumatisme, on ne se rend pas compte de l’importance de les écouter. Ce n’est peut-être pas les personnes qui en parlent le mieux mais ce sont des personnes qui parlent d’une vérité qui est utile pour le combat. » Ne pas théoriser sur la question pour incarner le témoignage, « nous souhaitons que cette rencontre à l’Assemblée Plénière soit une rencontre utile et fructueuse à la fois pour les personnes victimes et pour les évêques. Nous avons fait une croix sur un discours de personnes victimes dans l’hémicycle devant les 120 évêques réunis, médiatisé, sans possibilité d’un véritable dialogue. Nous avons privilégié la rencontre entre les personnes victimes et les évêques par groupe de 30 pour que la parole circule, pour que les évêques puissent entendre ces personnes et qu’ils puissent discuter des thèmes que les victimes ont choisi d’aborder. » Nous n’avons pas voulu une association mais des personnes. Ce que l’on veut ce n’est pas nourrir une polémique sur le sujet et d’ailleurs François Devaux a annoncé qu’il ne viendrait pas et il n’en rajoute pas, je trouve cela très juste de sa part. »

Des forums sont organisés, et demain, dimanche 4 novembre, les évêques auront un temps d’échange pour évoquer les témoignages, « sur ce qu’ils auront vécu pendant ces forums et aussi pour évoquer des sujets qui permettront d’avancer, de nouvelles instances, de nouvelles méthodes ». Vincent Neymon, le dit, la CEF espère qu’il y aura des décisions, « mais c’est aux évêques de décider. »

« Il faut qu’on améliore notre manière de communiquer sur la pédophilie. »

Repenser sa façon de communiquer, limiter les termes « ampoulés » pour éviter de blesser, « Ce que j’entends comme critique c’est que nous avons des pudeurs ou des manières d’en parler qui sont compliquées. Je l’entends et je suis d’accord avec cela. Il faut qu’on améliore notre manière de communiquer sur la pédophilie. Il y a une raison qui n’est pas une excuse à cette manière d’en parler, c’est que c’est un sujet extrêmement délicat. (…)  Donc si parfois nous paraissons trop prudent c’est parce que le sujet et les personnes méritent une grande délicatesse. Donc c’est très bien que vous les journalistes vous nous disiez « il faut que l’on soit plus cash », de fait je l’entends et je pense que vous avez raison mais en même temps il faut aussi un peu de délicatesse, de subtilité sur ces sujets-là.« 

Pour ce qui est de la commission d’enquête parlementaire, Vincent Neymon le dit, « Témoignage Chrétien qui se relançait en kiosque, c’est un coup de com. Je suis assez dubitatif sur la réalité profonde de l’intention. Sur le fond de la question, nous avons dit depuis le début que nous étions favorables à ce qu’une commission, une instance, extérieure à l’Eglise travaillent à cette vérité à faire mais aussi savoir comment utiliser ces vérités pour lutter contre la pédophilie. Pourquoi pas une mission d’information comme c’est en train d’être discuté, pourquoi pas, mais voilà elle aura encore des compétences plus limitées que la commission d’enquête mais elle permettra d’amorcer une réflexion à laquelle nous sommes très favorables. Si la société entière s’empare de la question de la pédophilie, ça ne peut être que bien ».