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Les chrétiens égyptiens : « entre souffrance et espérance »

Le général Al-Sissi a initié un mouvement visant à mieux protéger les chrétiens depuis son arrivée à la tête de l’Égypte. Mais les volontés politiques affichées ne sont pas forcément suivies d’améliorations réelles dans le quotidien des chrétiens d’Égypte.

Réécouter l’interview de Mgr KYRILLOS :

Le 15 février dernier à Al-Our, près de la ville de Samalout, à 240 kilomètre au sud du Caire, une église a été inaugurée par les chrétiens coptes, en présence des autorités locales. L’Eglise des « Martyrs de la Foi » commémore le massacre de 21 égyptiens chrétiens il y a trois ans en Libye. Treize d’entre eux venaient de la région. L’État égyptien a financé la construction de l’église et va donner des pensions aux familles des victimes. Si ce geste est conséquent, il reste exceptionnel dans ce pays où les chrétiens ne représentent que 10% de la population.

Une constitution protectrice

La constitution adoptée en 2014 reconnaît une liberté de culte pleine et entière dans son article 64 et l’égalité de droit entre les différentes religions dans l’article 7. Cependant, l’article 3 donne la charia comme source principale de législation. Ce n’est pas forcément un problème selon l’évêque copte catholique Kyrill William, qui reconnaît que ça a toujours été le cas en Egypte, même avant la révolution. Il précise à ACN News en janvier 2014 : « Nous, les chrétiens, nous n’avons jamais subi de préjudice à cause de cela. Le plus important, c’est le nouvel article 3 qui garantit aux chrétiens et aux juifs leur autonomie en matière d’état civil et des affaires intérieures de l’Église ». Donc légalement, il ne devrait pas y avoir de persécution.

Une histoire de soumission

Annie Laurent dans son livre, « Les chrétiens d’Orient vont-ils disparaître ? » (Salvator), explique le concept de Dhimmitude. Selon des versets du Coran, un non musulman ne peut être l’égal d’un musulman. Cependant, les juifs et les chrétiens sont considéré comme « Gens du Livre » car ayant reçu la parole même si elle est caduc au regard du Coran. Les juifs et chrétiens sont donc protégés mais aussi soumis, ce qui en fait de fait des citoyens de seconde zone. Cette pensée reste largement présente dans la société.

L’islamisation de la société : le plus grand danger

Les périodes de persécutions contre les chrétiens sont plus nombreuses quand les islamistes sont au pouvoir, comme entre 2011 et 2014, lorsque les Frères Musulmans dirigeaient le pays. C’était aussi le cas sous la présidence de Anouar El-Sadate, proche de la fraternité, dans la décennie 70. La proximité avec le chaos libyen et la présence de Daech dans le Sinaï voisin encourage d’autant plus les discriminations. Les actes de violences comme les enlèvements lors de mariage, les attaques contre les églises, les meurtres sont légions. En septembre 2017, un car de pèlerins chrétiens allant vers un monastère dans la région de Minya a été arrêté et ses passagers tués par refus de se convertir à l’islam. L’état central étant faible dans certaines régions, il ne peut protéger les chrétiens. Annie Laurent résume : « la grande souffrance des chrétiens en Egypte résulte de l’impuissance de l’État à freiner l’islamisation croissante d’une société au sein de laquelle l’influence des Frères Musulmans reste déterminante, malgré la répression qui est infligées à leur cadres ».

Le patriarche Kyrillos William Samaan viendra témoigner le 16 mars à la Nuit des témoins, organisée par l’Aide à l’Église en Détresse.
Le patriarche Kyrillos William Samaan

Le patriarche Kyrillos William Samaan viendra témoigner le 16 mars à la Nuit des Témoins, organisée par l’Aide à l’Église en Détresse.

>> Pour aller plus loin : « Les chrétiens d’Orient vont-ils disparaitre ? » (Salvator), 358 pages, 22 €.