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Les chrétiens sont encore en sécurité en Indonésie

L’Indonésie a été la cible d’une vague d’attentats terroristes visant trois églises et un commissariat dimanche et lundi dernier. Revendiqués par l’EI, le pays doit affronter la montée de groupuscules islamistes, une montée qui peut inquiéter les chrétiens.

Une série de violences dans le pays musulman le plus peuplé du monde qui fait craindre une influence accrue de ce groupe jihadiste en Asie du Sud-Est. L’Indonésie, qui va organiser dans trois mois les Jeux Asiatiques, avait été précipitée dans sa propre « guerre contre le terrorisme » par les attentats de Bali en 2002 (202 morts, parmi lesquels de nombreux étrangers). Les autorités avaient ensuite déclenché une offensive majeure contre les islamistes et ainsi affaibli les réseaux les plus dangereux, mais l’EI est parvenu ces derniers temps à de nouveau mobiliser la frange extrémiste indonésienne.

Une montée extrémiste qui peut inquiéter les chrétiens, « il faut voir le contexte général » rappelle Marc Fromager, directeur de l’Aide à l’Église en Détresse (AED).  » Aujourd’hui l’Indonésie est le plus grand pays musulman au monde avec près de 90 % de la population. Jusque-là, on avait épisodiquement des éruptions de violences, mais qui étaient en général contrôlées et la politique générale du gouvernement a toujours été de veiller à une certaine harmonie, c’est la fameuse Pencasila, la croyance en une divinité, une humanité civilisée et juste, l’unité nationale, la démocratie, la justice sociale. Alors oui, on pourrait dire que c’est des grands mots mais il y a également six religions qui sont officiellement reconnues : l’Islam, pour les Chrétiens, le catholicisme et le protestantisme, le bouddhisme, l’hindouisme et le confucianisme ». 

Le gouvernement affirme régulièrement sa volonté de maintenir la cohésion du pays : « les quelques tentatives pour remettre à l’ordre du jour, dans la constitution, le fait de faire de l’Indonésie, un état musulman, ça ne passe pas.  Néanmoins, certaines régions ont instauré la charia comme au nord de l’île de Sumatra » souligne le Père Billaud, missionnaire MEP à Bandar Lampung (Sumatra) depuis près de 40 ans, « il y a la liberté de culte, à part deux ou trois problèmes, épisodiquement. La seule difficulté avec le gouvernement par rapport au culte, c’est lorsque qu’il faut faire construire une église. Il arrive que le problème se pose comme dans la banlieue de Jakarta. La liberté d’expression existe, je pense que c’est ce qui a amené la montée de l’extrémiste islamiste ».

Une propagande en pleine recrudescence

« La grosse difficulté aujourd’hui c’est l’importation ou du moins, le développement sur place, d’une propagande islamiste. Mais ce n’est pas uniquement dirigé contre les chrétiens. Lundi, deux kamikazes se sont faits sauter devant un commissariat de police » poursuit Marc Fromager. Les attentats suicide de dimanche dernier contre trois églises à Surabaya ont été perpétrés par six membres d’une même famille -tous morts- et ont coûté la vie à 14 fidèles. Ils appartenaient au mouvement extrémiste islamiste Jamaah Ansharut Daulah (JAD) et avaient prêté allégeance à l’EI. « Les chrétiens ont déjà fait face à ce genre de situation. Alors oui, on peut imaginer qu’ils sont encore plus vulnérables en tant que cibles prioritaires dans ce genre d’action terroriste mais encore une fois, ils ne sont pas les seules cibles,  je ne suis pas sûr qu’il y ait une inquiétude excessive » analyse le directeur de l’AED, on ne peut pas dire que pour l’instant, qu’il y a une croissance numérique de ce genre de drame. Sur un pays de 260 millions d’habitants, effectivement, il y a eu cette concomitance des trois attaques, mais pour l’instant ça reste des actes isolés« .

Un constat que partage d’ailleurs le père Billaud, « dans ma région, il y a effectivement des appels à la prudence avec ces attentats mais sans plus. Les fidèles ne se sentent pas menacés. C’est vrai que depuis quelques années, au moment des célébrations de Noël ou de Pâques, il y a un ou deux policiers, mais je peux célébrer la messe sans crainte, dans ma paroisse de campagne je ne risque rien« . Le prêtre missionnaire a vu le pays changer : « l’Indonésie, d’il y a 30 ans, qu’on présentait comme le pays le plus tolérant du monde, ne ressemble plus tout à fait à cela. Mais encore une fois c’est le fait de petits groupes et effectivement à terme, on peut craindre que ça se dégrade. Mais en tant que prêtre, je n’ai pas de sentiment d’insécurité. »

Selon Tito Karnavian, directeur de la police nationale, les attaques à Surabaya dimanche et lundi pourraient avoir été déclenchées par l’arrestation de leaders du JAD et être liées aux affrontements mortels provoqués par des militants islamistes dans une prison de haute sécurité de la banlieue de Jakarta la semaine dernière.

Aman Abdurrahman, chef spirituel de JAD en prison depuis des années pour des attaques terroristes, devait être libéré en août, mais il a été maintenu en détention pour son implication présumée dans les attaques à Jakarta en 2016.

avec AFP