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Christophe Fauré : « Je ne serais pas ce psychiatre-là si je n’avais pas connu la dépression »

Le Grand Témoin est le psychiatre Christophe Fauré qui présente son dernier ouvrage « S’aimer enfin ! », aux éditions Albin Michel. Il raconte les différents points de rupture de sa vie qui l’ont conduit à être l’homme qu’il est aujourd’hui.


C’est un livre de rupture. Le point de départ est celle de ses parents quand il était enfant. « Je suis devenu le thérapeute d’une maman, débordante d’amour, certes, mais extrêmement abîmée par la vie », explique-t-il. Il développe un syndrome du sauveur, quand on donne la priorité aux besoins des autres mais en s’oubliant totalement. Cela va le conduire vers une dépression d’enfant durant laquelle il vivra des moments de profond abattement. Cela ne l’empêche pas de réussir à l’école, en tête de classe. « L’école est l’un des lieux les plus structurés, structurants de ma vie », révèle l’auteur.


« Quand il n’y a plus rien à faire, il y a tout à faire, et c’est ça qui m’a conduit vers les soins palliatifs »


A 18 ans, il rencontre un psychiatre qui lui fait prendre conscience de son besoin d’engagement auprès des autres. En études de médecine, il s’engage dans différentes associations, notamment AIDES pour les malades du Sida, alors en pleine expansion dans les années 80. C’est la mort d’un patient quand il a 24 ans qui le conduira vers la psychiatrie et l’étude de l’accompagnement du deuil traumatique, comme la mort d’un enfant, un suicide. L’attitude du corps médical a fait qu’il s’oriente vers les soins palliatifs, tout juste naissant. « Quand il n’y a plus rien à faire, il y a tout à faire », assure Christophe Fauré.

Le bouddhisme comme remède au burn-out

A force de se donner, il est approche du burn-out. Si extérieurement ça fonctionnait, « l’être Christophe était en apnée psychologiquement car je m’oubliais. Et je pensais que c’était juste », déclare le psychiatre. Sa rencontre avec un directeur de centre bouddhiste va lui permettre de remonter la pente. Il s’intéresse à cette spiritualité depuis ses 13 ans. De culture catholique, il ne voit pas de conflit entre les deux. « J’ai trouvé plusieurs boussoles qui indiquait le même nord », assure-t-il. Christophe Fauré va partir deux ans dans un monastère bouddhiste et devient moine, lâchant sa vie à Paris. Un pèlerinage en Inde et les conseils d’un grand maître tibétain vont le faire revenir. « Il m’a dit mais non il ne faut pas renoncer à la médecine, quand on a la médecine on la met dans le monde », raconte Christophe Fauré.

Son livre S’aimer enfin raconte ce parcours atypique et conclu que pour pleinement se donner, il faut d’abord s’aimer. On ne peut se donner que « quand on a accueilli en soi même les blessures. Ça ne veut pas dire qu’on a résolu tout », conclu-t-il.

>> Pour aller plus loin : « S’aimer enfin ! » (Albin Michel), 208 pages, 16 €.