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Quand le GHB et le GBL se banalisent chez les jeunes, quelles solutions ?

En Quête de Sens – Les professionnels de la nuit tirent la sonnette d’alarme : les comas se multiplient après la consommation de GBL ou de GBH chez les 18-27 ans. Comment sensibiliser à ces drogues et lutter contre ce phénomène ? Franz Steinbach et Anne Batisse au micro de Sophie Nouaille. 

Porte parole du Collectif action nuit (CAN), Franz Steinbach alerte : « on constate une recrudescence de cas depuis début 2018 ». La consommation festive de GBL et de GBH fait de plus en plus de victimes chez les 18-27 ans. Quelles sont ces drogues, quels sont leurs effets, comment faire de ce phénomène un problème de santé publique ?

Anne Batisse, qui travaille pour le centre d’addictovigilance de Paris à l’hôpital Fernand Widal, explique : « Le GHB et le GBL sont deux drogues utilisées depuis les années 90. Très consommées par la communauté gay , elles arrivent depuis quelques mois chez les hétéros, les fêtards en particulier de 18 à 27 ans qui connaissent mal ces produits ».

Des drogues potentiellement mortelles

Le GBL : ce solvant industriel est la nouvelle drogue, « cela s’achète très facilement sur internet, car il n’est pas classé, la réglementation est compliquée », souligne Anne Batisse. Après ingestion, le GBL se transforme, dans le corps, en GBH.

Le GHB ou Acide gamma-hydroxybutyrique. Il est aussi surnommé « drogue du violeur ». « C’est un anesthésique également utilisé dans la narcolepsie, l’effet recherché est le coma pharmacologique ». Pris à la pipette, et transportés dans une fiole ou une petite bouteille, le GHB et le GBL exigent tous deux un dosage extrêmement précis. « Il y a un effet relaxant, désinhibant qui arrive dans les 30 minutes », rappelle Anne Batisse, « une dose va avoir un effet relaxant, une autre dose prise de manière très proche, provoque un coma, suite à l’effet toxique ». Une dose représente 1,5 ml de produit.

Quels effets ? Ces drogues ont un effet hypnotique et amnésique. « On ne sait plus ce que l’on fait et l’on peut faire des choses que l’on ne voulait pas forcément faire : il y a mise en danger personnelle et mise en danger des autres… Il y a alors des risques de convulsions, d’inhalation et d’hyperthermie », explique Anne Batisse ajoutant que l’effet peut être augmenté par la poly-consommation. « Il faut éviter l’association de ces drogues avec l’alcool ou les médicaments ». Comme toute drogue, vient ensuite le risque d’addiction, le sevrage nécessite alors une hospitalisation.

Un problème de santé publique

La prise de ces drogues peut avoir lieu dans des établissements de nuit, mais aussi dans les soirées privées et chez les particuliers.

« Ce qui est désarmant, c’est le tarif attractif du GBL et du GHB », explique Franz Steinbach, « c’est moins cher que le tabac ». Faut-il pour autant les interdire comme l’ont fait la Pologne et l’Italie ?  « Mieux veux encadrer qu’interdire, il y a toujours moyen de se procurer un produit interdit », souligne Franz Steinbach qui appelle à une action de l’Etat, et pointe également du doigt internet où les jeunes peuvent se procurer ces drogues très facilement. « Il faut donc informer et rendre chacun responsable ».

Depuis une dizaine d’années, les établissements de nuit pratiquent déjà une prévention et une gestion des risques grâce à des interventions humaines. « Nous estimons que c’est à l’Etat de financer ce type de service ». Et Franz Steinbach d’ajouter : « Nous sommes des phares dans la nuit, l’idée est d’avoir dans nos établissements une fête simple et encadrée de façon sécurisée ». Il appelle de ses voeux la mise en place d’un numéro d’appel spécial pour coordonner l’effort public.