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« On se complaît dans l’idée que l’homme n’est que corps-psychisme voire seulement corps-robot »

La frénésie qui caractérise notre monde moderne nous coupe-t-elle de notre intériorité en nous réduisant à l’état d’hommes-robots consommateurs et productifs ? Jean-Guilhem Xerri, biologiste médical, psychanalyste et auteur de Prenez soin de votre âme, et Christophe André, médecin psychiatre et psychothérapeute auteur de La vie intérieure nous proposent de nous protéger de cette issue.

 

Qu’est-ce que la vie intérieure ? Pour Christophe André, il s’agit de « tout ce dont nous prenons conscience lorsque nous nous désengageons des distractions et que nous nous tournons vers notre expérience d’êtres humains ». Pour Jean-Guilhem Xerri : « c’est ce qui fait notre humanité. C’est ce qui passe de ‘être un humain’ à ‘être humain’. Aujourd’hui elle est méconnue et on en est loin, ce qui peut causer des tensions, du mal-être. » Effectivement, le « bougisme » ambiant, l’hyperconsommation, le rapport que nous entretenons avec le monde du travail ne nous poussent pas à nous tourner vers elle ni même à nous y intéresser. Paradoxalement, les rayons des librairies sont couverts d’ouvrages concernant le bien-être et le développement personnel. Tout le monde cherche donc quelque part une solution miracle pour aller mieux. « Cette société est à la fois passionnante et menaçante car c’est une société marchande, une société de tumulte. Nietzsche, Zweig, avaient senti que cela allait mettre nos âmes en danger », analyse C.André. « On est amené à faire des choses folles, à être captif de cette société de  pléthore » ajoute-t-il. « On se lance dans une quête éperdue pour tenter de remplir ses journées du maximum d’activités possibles. Or plus un individu est matérialiste, plus il est malheureux. Ces activités ne nous apportent aucune forme de bonheur.« 

 Un phénomène qui s’explique aussi selon J-G Xerri par la vision que l’homme a de lui-même : « on se complaît dans l’idée que l’homme n’est que corps-psychisme voire seulement corps-robot. Cela l’ampute de la partie essentielle qu’est sa vie spirituelle – pas forcément au sens de la foi ».

Pour reprendre contact avec notre intériorité, les deux experts offrent plusieurs conseils. Pour C. André, le chemin passe par la méditation de pleine conscience, soit des exercices méditatifs qui mènent à « des moments où on se sent dans notre humanité, dans l’univers, où nous sommes vraiment  là où nous devons trouver ».

Les « pères du désert »

Pour J-G Xerri, il s’agit de réétudier les enseignements des « pères du désert », ces chrétiens des premiers siècles vivant solitaires dans le désert, et ayant beaucoup travaillé sur l’âme. Ces pères du désert ont théorisé les « maladies spirituelles » : « ils nous alertent : il existe des perturbateurs de l’intériorité, il y a des choses bonnes pour l’organisme et le psychisme, et des choses mauvaises pour les deux ». Il s’agit alors « d’honorer nos facultés fondamentales », et parmi elles l’intelligence, au sens de capacité d’exploration et de recherche du sens profond de notre vie. « Il y a un besoin à un certain moment de se retirer, de mettre un peu de lenteur, de silence« , mais également de « faire son examen de conscience », c’est-à-dire de regarder si ce que l’on fait est de l’ordre du bien et en accord avec nos valeurs. La vie intérieure implique une recherche d’équilibre et de cohérence, pour sortir de l’état « d’homme-robot ».