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Nicolas Gilsoul : « On ne peut plus concevoir la ville au XXIe siècle comme on la concevait au XIXe »

Nicolas Gilsoul est architecte et paysagiste. Grand Témoin, il évoque son ouvrage « Désirs de villes. Petit traité de mondialisation » (Robert Laffont), coécrit avec Erik Orsenna. Objectif : changer le regard sur la ville.


La ville occupe 2% de l’espace de la planète, 50%, de la population y habite, et 75% des ressources y sont consommées. La ville est au centre des modes de vie contemporain. Mais elle souffre toujours d’une image négative. « On a vraiment essayé de casser les préjugés, les idées reçues qu’on pouvait avoir sur la ville avec cette tendance manichéenne à mettre d’un côté la méchante ville et de l’autre la bonne nature », explique l’auteur. Pour cela, ils présentent 200 villes, dont 30 françaises, avec leurs particularités, leurs innovations ou leurs défauts pour essayer de trouver ce qui fera la ville de demain.

La ville résiliente

Pour qu’une ville perdure, survive au temps, plusieurs paramètres sont à prendre en compte. « Elle dépend de la vitalité économique, elle dépend de son attractivité, elle dépend de la manière dont ses habitants vont s’en occuper, en prendre soin », indique Nicolas Gilsoul. Le mot qui revient souvent, c’est celui de résilience. Une ville doit pouvoir s’adapter aux changements, avoir la même inventivité que la nature pendant l’évolution. L’exemple typique est celui du changement climatique. Entre fortes chaleurs et grands froids, la ville doit trouver un juste équilibre pour résister aux deux. Les animaux des villes ont, eux, déjà commencé cette adaptation avec des mutations. La ville doit, elle aussi, muter.

Les nouveaux modèles

Dans cette réinvention de la ville, il faut regarder les innovations qui sont faites. Tous les secteurs comptent, que ce soit sur le plan social, culturel, architectural ou urbanistique. Une des innovations est celle de la ville terrier. Non pas que les individus se mettent à vivre dans des trous, mais qu’une réflexion sur l’espace en sous-sol se crée. Au Japon particulièrement, la géographie ne permet pas l’extension territoriale des villes. Deux solutions : la hauteur ou la profondeur. Mais avec la sismographie élevée, c’est plus compliqué de s’élever. Les avantages sont nombreux : inertie thermique, protection aux tremblement de terre… Par contre il ne faut pas être claustrophobe. « C’est vrai que c’est flippant », reconnaît bien volontiers l’auteur. Mais les mentalités changent sur ce plan. Certaines activités n’ont pas besoin de lumière naturelle : boîte de nuit, cinéma… Il faut cependant éviter que ces nouvelles villes deviennent des villes cauchemars« C’est une ville dans laquelle il y a très peu d’humanité », analyse Nicolas Gilsoul. La ville doit mettre ses habitants au centre.