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Mieux comprendre l’abaissement de la vitesse sur les routes secondaires

Philippe Delaroche reçoit  Cédric Zabo, Anne Lavaud, et Bernard Darniche, pour évoquer le passage de 90 à 80 km/h sur les routes secondaires sans séparateur central et les répercussions attendues. Décryptage.

Cédric Zabo attaque tout de suite la réforme. S’il se dit d’accord avec l’objectif de la réduction des morts de la route, il interroge la manière de faire. « On est vraiment aux antipodes de ce qu’est le discours de la méthode et la méthode effective », analyse-t-il. Selon lui, dire que la mesure va être expérimentée entend une écoute des collectivités, faire beaucoup d’études préalables, ce qui n’a pas été le cas. Cette action va tout de même impacter 22 millions d’automobilistes. Il tient aussi à rappeler que ce sont les collectivités locales qui ont vraiment la charge de l’entretien des voies, elles devraient donc être écoutées ou consultées un minimum. Les chiffres d’ailleurs sont parlant : il y a 9000 km de route nationale pour 400 000 km de départementales et 500 000 km de voies communales. C’est donc, pour lui, une mesure dogmatique venue d’en haut sur une idée pourtant louable.

Une expérimentation trop faible

Pour Anne Lavaud, déléguée générale de l’association Prévention Routière, l’expérimentation n’a pas été complète. Portant sur trois départements et environ 81 km, elle n’est pas assez étendue. Sur le fond, elle reste cependant en accord avec ce changement. Elle note que la réduction du nombre de mort cache la réalité d’un accroissement des accidents et des hospitalisations. Elle martèle que : « la conviction profonde que nous avons c’est que, en effet, faire baisser la vitesse c’est un moyen de réduire l’accidentalité et l’accidentologie ». L’accidentalité regroupe le nombre de décès et l’accidentologie la manière dont s’est produit l’accident. Les études ont montré que la vitesse est toujours un facteur aggravant des autres causes d’accident. Elle se défend : « notre association ne revient pas sur cette dimension là. Il ne faut pas que ce soit un sujet politique, c’est un sujet de vie en communauté ».

Des gesticulations stériles

Ancien champion de France de rallye automobile, Bernard Darniche connaît les questions de vitesse et de sécurité. « J’appelle ça des gesticulations stériles tout ça. Ce que l’on peut constater c’est que le code de la route est resté le même depuis l’après guerre », tacle-t-il. Pour lui, le vrai problème est là. Il n’y a pas assez de sensibilisation aux vrais dangers de la route, de réforme de la pratique, d’analyse médicale simple pour savoir si les personnes peuvent conduire. Il ne décolère pas : « C’est une vaste fumisterie. Ce qui a une vraie incidence sur la sécurité routière, en France, on s’assoit dessus ». Il précise que ce sont d’abord la fiabilité des véhicules, la qualité de la médecine d’urgence et l’état des routes qui sauvent le plus de vies. Pas la vitesse. « Les pouvoirs publics ont considéré que l’arrivée des radars à fait chuter la mortalité routière. Mais c’est un mensonge d’état », s’emporte-t-il. Il donne un exemple : l’ESP qui équipe maintenant toutes les voitures et aide au contrôle en cas de freinage brusque. Il faut, selon Bernard Darniche, retrouver un civisme collectif en voiture et comprendre de l’acte de conduire n’est pas anodin.