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Mai 68, révolte collective ou victoire individualiste ?

Décryptage – La révolte étudiante de Mai 68, c’est l’avènement de la société de consommation et de l’individualisme ou révolte de l’esprit ? Pour y répondre, Pascal Ory, historien du XXe siècle et Gerard Leclerc, journaliste et auteur de Sous les pavés, l’Esprit (éditions Salvator).

« Il y a l’hypothèse d’un grand basculement de civilisation entre 68-80 pour les dates française, généralement au milieu des années 70 et que le monde ou nous sommes ce soir en 2018 est né de ce bas », explique Pascal Ory. Une société plus individualiste. Mais Mai 68 est aussi souvent présenté comme un moment collectiviste. Pour comprendre, il faut se pencher sur le culturel. « Ce n’est pas le politique qui va être la clef du politique mais le culturel », analyse-t-il.

Un discours individualiste

« Mai 68 qui a un discours collectiviste, marxiste de façon hégémonique », n’est qu’une partie de la contestation assure l’historien. « Cohn-Bendit, les anarchistes ne sont pas dans cette mouvance-là. Il sont radicaux, gauchistes mais ne sont pas marxistes. Ça va accoucher d’une société libérale libertaire », développe-t-il. Le Grand Soir et le changement total de société passent pour des luttes culturelles où l’individu prime et non la collectivité. « On passe du gauchisme généralisé au gauchisme spécialisé », résume Pascal Ory. Ce qui lui permet de dire que Mai 68 est un échec politique mais une réussite culturelle. Les champs d’action investis ensuite sont la famille, l’avortement, l’écologie, le régionalisme : l’individu qui est au centre de la lutte. Ce que l’on retrouve aujourd’hui.

Une manifestation de l’Esprit

Gérard Leclerc donne deux philosophes pour comprendre et analyser Mai 68 : Maurice Clavel, le spirituel et Michel Foucault, le sceptique. Pour Maurice Clavel, Mai 68 allait arriver. « Il a vu que ça allait arriver de l’extrême gauche », indique Gérard Leclerc. « Il a compris auprès des plus fous qu’il y avait un sens de l’absolu bien au delà de toute réalisation politique », révèle-t-il. Il y a donc pas uniquement une lutte politique et sociale mais une véritable réflexion sur la société, parfois même spirituelle.