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Mai 68 et les catholiques vu par l’historien Denis Pelletier

Denis Pelletier, historien et directeur d’études à l’École Pratique des Hautes Etudes (EPHE) est le Grand Témoin du jour. Il analyse scientifiquement ce qu’a été mai 68 dans la société en général et pour les catholiques en particulier.

Denis Pelletier avait dix ans en mai 68. Il n’en est donc qu’un témoin assez peu impliqué, mais avec des souvenirs quand même. « Je me souviens du moment où j’ai joué à la prise de la Sorbonne », raconte-t-il. L’autre moment marquant a été quand le général de Gaulle a disparu pendant quelques heures le 29 mai, sans dire où. D’une famille gaulliste, il se souvient de l’attente devant le poste pour savoir ce qu’il se passait avec le général. L’étude de Mai 68, ou du moins du moment 68 qu’il étend entre 1965 et la fin des années 70, lui est venue par l’histoire. C’est pour lui un affrontement de générations : « entre la génération qui est marquée par la Seconde Guerre Mondiale, la Résistance et l’Occupation et la génération des jeunes gens qui ont grandi au moment des 30 Glorieuses dans un monde totalement différent », analyse-t-il.

Une lutte générationnelle rarement violente

Pour Denis Pelletier, l’affrontement entre générations est normal. Mais la tournure violente et très engagée est plutôt rare. Le seul autre exemple, pour lui, est au XIXe siècle, avec le mouvement romantique, après la génération qui a connu la révolution et l’époque napoléonienne. Si la révolte romantique a été dans les salons, c’est surtout du fait de la société non démocratique. En 1968, avec la République et l’éducation, le mouvement a été beaucoup plus suivi dans la société. Il n’empêche que le mécanisme de révolte suit un processus similaire.

Au sein de l’Église catholique

Les catholiques ont aussi participé aux événements de mai 68. Ils sont aussi un bon observatoire pour Denis Pelletier. Mais pour eux, c’est aussi un moment charnière avec le Concile Vatican II. Mai 68 croise l’acceptation de la modernité dans la société et dans l’Eglise, mais avec des interprétations différentes. Le Concile était d’abord pensé comme un concile conservateur mais il basculé dans la modernité. Les évêques français n’y sont d’ailleurs pas étranger pour l’historien. L’Église s’ouvre, mais la manière de  faire cette ouverture va varier en fonction des interprétations. Entre le père Lustiger qui souhaite conserver la spécificité catholique, et le père Chaunu qui souhaite une ouverture toujours plus grande. Une dernière interprétation d’Henri de Lubac qui était pour une ouverture, mais devant la mise en pratique, va s’effrayer de cette ouverture.