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Jean-Jacques Walter : « l’islam n’est pas une religion dans le sens occidental »

Grand Témoin – Jean-Jacques Walter a un parcours atypique. Ingénieur de l’École des Mines, il a fait sa carrière dans la technologie, dirigé une société de recherche et développement. A 75 ans, il est retourné à l’université pour devenir docteur d’État en islamologie cinq ans plus tard.

Son retour dans un parcours universitaire n’a pas été sans difficultés. Sa thèse entend étudier le Coran grâce aux techniques mathématiques. « Il y a une possibilité de synthèse d’un système  de signe, mathématiquement et une datation », explique le jeune docteur de 85 ans. Quand une personne écrit, elle a une sorte de signature en termes de style, de vocabulaire qui peut, par les maths, être mis en avant. Cela permet aussi la datation d’un écrit. « Il n’y a même pas une chance sur un million de se tromper », déclare Jean-Jacques Walter pour justifier de la fiabilité de la méthode. Le résultat de ses recherches : le Coran a été écrit par une cinquantaine d’auteurs sur une période de 200 ans.

Un parcours compliqué

Lorsqu’il a cherché à rejoindre une école doctorale, pour continuer de travailler sur sa thèse, il s’est heurté à des refus et été taxé d’islamophobe. Grâce à la chercheuse Marie-Thérèse Urvoy, il entre dans celle de Bordeaux. Mais à la mort de son directeur, il en est rejeté. « Apparemment, une autorité politique de Bordeaux ne voulait pas de thèse qui puisse chagriner les musulmans », révèle-t-il. Sa thèse peut déranger car il casse une croyance. « Ils disent que ça a été fait uniquement par Mahomet et qu’il était le seul inspiré. Alors dire qu’il y a 50 inspirés, c’est gênant », indique Jean-Jacques Walter.

L’islam des Lumières

 L’auteur se plaint d’une trop faible présence de l’islam des Lumières, qui accepte de remettre en cause certains versets. Chaque texte religieux a une partie inspirée et une partie qui vient de l’auteur, qui fait partie d’une époque. Le problème, c’est que cette distinction n’est pas faite dans l’islam traditionnel car cela revient à remettre Allah en question. Or rien n’est plus grand qu’Allah et c’est lui qui a inspiré tout le Coran. L’islam des Lumières, apparu au XVIIIe siècle fait ce travail. Il accepte aussi les lois occidentales dans les pays occidentaux. Mais il ne représente, selon Jean-Jacques Walter, que 20% des musulmans en Europe. Des contre-sociétés se créent dans certaines cités quand la loi du Coran est supérieure à la loi de la République. « C’est une question de choix dans une idéologie parce que le Coran déclare que l’ensemble de l’islam c’est une religion, une société, un Etat, les trois à la fois », argumente le chercheur. Et de conclure : « l’islam n’est pas une religion dans le sens occidental. C’est un mixte de religion et d’idéologie, avec 90% d’idéologie. Et cette idéologie est ultra violente ».

>> Pour aller plus loin : Jean-Jacques Walter « Les 2 islams – islam des lumières contre islam radical » (Télémaque), 256 pages, 18 €.