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Jean-François Colosimo « allume » les Lumières

Le Grand Témoin du jour, Jean-François Colosimo, directeur des éditions du Cerf, présente son dernier livre « Aveuglement » où il interroge les rapports entre la modernité et l’histoire qui peuvent expliquer l’actualité des guerres aujourd’hui.


Le livre démarre sur une question : Qui a éteint les Lumières ? « Nous venons de passer deux siècle et demi sous une promesse, une promesse radicale, de l’Homme divinisé, l’Homme autonome », décrypte l’essayiste. Cette philosophie du XVIIe siècle, censée apporter la paix et la raison aux hommes en dehors de toutes religions semble faillir aujourd’hui, selon l’auteur, et ne plus éclairer. « Aujourd’hui ce soleil est un astre noire. Il dégage une espèce de fausse lumière, une fausse radiation qui ressemble en fait à une éclipse », analyse l’auteur. Cette éclipse empêcherait une bonne compréhension du monde actuelle. La philosophie des Lumières a divinisé l’Homme en tuant Dieu. Cette bonne parole est en plus portée partout. L’essayiste tacle : « nos intellectuels de seconde zone parlent une langue qu’il faut souvent traduire en français. On a affaire à une entreprise jargonnante. » Mais l’incompréhension du monde actuel vient du fait qu’on tue au nom de Dieu aujourd’hui. Pour l’auteur, il est ridicule de parler de retour du religieux, car en fait il n’a jamais été quitté.

La modernité des djihadistes

Le monde se comprend bien pour Jean-François Colosimo si on regarde le double mouvement du monde. D’un côté, il y a la création d’un Homme mondialisé, « un être consommateur absolue au centre », ajoute l’auteur. De l’autre, les identités en périphérie veulent survivre : « elles se tribalisent », précise-t-il. L’auteur place le djihadisme dans une lignée de la modernité. Il y a d’abord l’arrêt de la religion avec la Révolution française, et l’instauration du culte républicain à l’Etre divin. Ensuite, il y a Lénine et Staline qui crée « la pire religiosité » qu’est le totalitarisme. Le djihadisme est, pour l’essayiste, au confluent de l’islam et de cette modernité des Lumière qui élève au rang de culte le fait social, l’homogénéité. « La modernité a cru supprimer les religions pour instaurer ses propres religions », explique Jean-François Colosimo. Devant l’échec de celles-ci, elle a colonisé les religions historiques. « Pour les religions comme pour la plomberie, il vaut mieux s’adresser aux professionnels », sourit l’auteur.

>> Pour aller plus loin : « Aveuglement » (Cerf), 544 pages, 22.90 €.