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« Etre cadré ne veut pas dire être dominé » : où en est l’autorité dans l’éducation ?

En Quête de Sens – Le système éducatif français est-il devenu laxiste ? A-t-on donné trop de droits à l’enfant et aboli trop de règles, au risque d’en faire un individu « émancipé », mais intellectuellement perdu ? Barbara Lefebvre (professeur dans le secondaire, “Génération j’ai le droit”, éditions Albin Michel) et Monique Dagnaud (directrice de recherche au CNRS) en débattent autour de Sophie Nouaille.


Premier constat : la revendication des droits individuels entraîne une contestation globale de la parole des maîtres. La cause ? Une question d’éducation et de pédagogie, selon B. Lefebvre. A partir des années 60-70, les « pédagogistes » tentent de réaliser  et de mettre en place l’utopie rousseauiste de l’Emile. On change de paradigme : l’enfant est mis au centre du système éducatif, on se calque sur ses désirs. « On écoute l’enfant, mais ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas de règles. Cependant le modèle paternaliste a tout à fait disparu ». L’objectif : l’émanciper. Il doit se découvrir et se choisir. « La nouvelle idée est le ‘invente-toi toi-même’ », selon M. Dagnaud.


« Il y a véritablement deux mondes qui s’affrontent : les médias du plaisir immédiat et l’école de l’effort »


Pour Dagnaud, il existe encore d’autres raisons, parmi lesquelles l’essor des moyens de communications et du nouveau média que constitue internet. S’il est un formidable moyen d’information et d’accès à la culture, il pousse également à l’expression du soi et à la parole libérée, au plaisir immédiat, et à la consommation. « Il y a véritablement deux mondes qui s’affrontent : les médias du plaisir immédiat et l’école de l’effort. On en arrive à cette idée de l’enfant ‘j’ai tous les droits’, on en vient à ce que disait Marcel Gauchet : une démocratie qui se retourne contre elle-même ».   Il y a une forme d’autorité qui se perd. La parole de l’enfant vaut celle du maître, qui est alors décrédibilisée. Or les enfants ont un réel besoin de cadre et d’autorité, à tel point qu’en l’absence de celle-ci, l’enfant se tourne vers ce qui pourra lui en fournir un substitut : diverses formes d’extrémisme. « On a des élèves certes très connectés, mais incapables de décrypter le monde dans lequel ils vont être projetés ».

La culture n’est plus au centre des préoccupations du système éducatif. Il s’agit plus de fabriquer de futurs citoyens, futurs actifs adaptés au marché du travail, que des personnes solides intellectuellement. B.Lefebvre affirme qu’il faut remettre le savoir au centre et restaurer l’autorité, conditions sine qua non de l’émancipation. « Etre cadré ne veut pas dire être dominé ».