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Le don d’organe en question

Décryptage continue son interrogation sur la bioéthique avec cette fois un questionnement sur le don d’organe. Pour en parler, Sylviane Agacinski, philosophe et auteur de l’ouvrage « Le-Tiers corps » (Editions du Seuil).

« Au départ je voulais écrire un article », révèle Sylviane Agacinski. Mais la masse de réflexion sur le sujet du don et de la greffe d’organe étant tellement importante, que le résultat est un livre. Elle étudie le statut philosophique et juridique du corps humain, et leur rapport avec la médecine. L’axe à suivre, c’est le respect du corps humain, aussi bien vivant que décédé, consacré par le code civil. C’est dans cet esprit que doit se placer la réflexion sur le transfert d’organe. La philosophe appel à l’attention sur le discours ambiant. « Il y a là des faux nez et des fausses barbes, car les mots servent à montrer mais aussi à cacher », explique-t-elle. Elle prend en exemple le mot ‘technique’. Les différents transferts d’organes ou manipulation sur le corps humain sont souvent traités sous cet angle. « Mais on ne parle jamais de la dimension sociale, la pratique sociale, la relation à des personnes, entre des personnes », dénonce Sylviane Agacinski. Car pour un transfert d’organe, il faut des organes qui viennent de personne vivantes ou décédées.

Les conditions de la transplantation

La philosophe pose trois moyens d’« acquisitions » d’organe : la vente, le don entre personnes vivante ou post mortem, et les conditions du don posthume. D’emblée, elle refuse la vente. Pour le don entre vivant, elle rappelle que c’est assez limiter. La majorité des dons d’organes en France vient d’un don post mortem. C’est sur les conditions de ce don qu’il faut s’interroger. Avec la loi Cavaillet de 1976, toute personne a un consentement présumé au don d’organe, et un amendement de 2016, refusé, prévoyait le prélèvement automatique d’un organe si c’était possible. Dans ces conditions, le consentement ne peut s’exprimer. Les personnels de santé n’auraient d’ailleurs pas voulu l’appliquer. « Si un principe n’est pas praticable c’est qu’il y a quelque chose qui ne va pas », analyse Sylviane Agacinski. Et de préciser : « avec le consentement présumé, il y a l’idée de passer outre au consentement ». La solution serait, pour elle, un système d’inscription à la majorité sur un fichier de consentement et information sur la carte vitale. Ce sont en tout cas les jeunes générations qui doivent aussi se saisir de la réflexion sur ce sujet pour la philosophe.

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>> Pour aller plus loin : Ed. du Seuil, coll. « La Librairie du XXIe siècle », 240 p., 18 €.