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Vincent Jauvert dénonce les intouchables de l’État, ces hauts fonctionnaires au-dessus des lois

Le Grand Témoin est Vincent Jauvert, grand reporter au service monde du Nouvel Obs et spécialiste de l’investigation. Il livre dans « Les Intouchables d’État – Bienvenue en macronie » (Robert Laffont) un travail sur les grands fonctionnaires de l’État. Pourquoi leur statut les rend-il intouchables ?


Si l’auteur reconnaît que l’état a toujours eu des hauts fonctionnaires assez puissants et que le système existe depuis longtemps, il note que l’arrivée du président Macron a changé la donne. « Sous la macronie il y a plusieurs phénomènes particuliers. D’abord ils sont au pouvoir », explique-t-il. Le Président de la République est Inspecteur des finances et le Premier ministre est conseiller d’état. La deuxième particularité est la proximité avec le privé. « C’est un groupe qui a fait des allers-retours dans le privé », analyse-t-il. Et pas n’importe lequel. « Ils vont dans le privé qui est à l’interface avec le public, là où ils peuvent monnayer leur carnet d’adresse, leur connaissance des faiblesses de l’Etat », poursuit-il.

Une nouvelle noblesse d’Etat

Le troisième point de nouveauté des fonctionnaires des grands corps vient avec la féminisation. Si Vincent Jauvert s’en félicite, il reconnaît que cela crée l’arrivée de couples au pouvoir, avec des possibles conflits d’intérêt. En exemple, la ministre de l’Armée dont le compagnon est à la tête de l’agence des participations de l’Etat, avec compétences sur des domaines de défense. Ou encore la ministre de la Santé qui est mariée au patron de l’Inserm, un établissement spécialisé sur la recherche médicale. « C’est du conflit d’intérêt au sens strict et ils le reconnaissent, mais ça ne veut pas dire qu’ils sont malhonnêtes », assure le journaliste. Pour contrer cela, ils se dessaisissent alors d’une partie de leurs dossiers. Ce dernier problème crée un véritable noblesse d’Etat car les enfants suivent souvent la voie des parents. Mais le problème est insoluble car les solutions seraient liberticides.

Une protection de leurs privilèges

Ce que montre aussi l’auteur dans son livre, c’est la défense que ces intouchable de la République font de leur pouvoir. Si les élus ont connu une augmentation des règles de transparence pour moraliser la vie publique, pas les hauts fonctionnaires. L’auteur pointe pourtant du doigt qu’ils font partie de la vie publique. Le Sénat a voté à l’unanimité d’inclure les fonctionnaires dans la loi, cela a été retouché à l’Assemblée. Il existe pourtant une Commission de la déontologie mais elle manque de pouvoir, de transparence et est dominée par les grands corps de l’Etat. « Le Parlement sous Hollande a voté le transfert sous l’autorité pour la transparence de la vie publique. Ça a été retoqué au Conseil Constitutionnel », révèle Vincent Jauvert. Pareil pour le classement de sortie qui détermine la carrière des énarques. Supprimé par décret sous Nicolas Sarkozy, cela a été annulé par le Conseil d’Etat, un organe pour les hauts fonctionnaires. « On voit bien que dès qu’il s’agit de leur pouvoir, dès qu’il s’agit de leurs privilèges de leur entre soi, ils mobilisent une énergie considérable », conclut-t-il.