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Décryptage : l’Italie ingouvernable ?

72 heure après sa nomination au poste de premier ministre, Giuseppe Conte a renoncer à former un gouvernement. Jean-Pierre Darnis, maître de conférences à l’Université Nice Sophia-Antipolis et Ludmila Acone, chercheuse associée à l’Université Panthéon-Sorbonne, décrypte ce que cela implique pour l’Italie.

17 jours. C’était le record du gouvernement le plus court d’Italie. Certes, il avait au moins eu le temps d’être confirmé par les chambres législative. Giuseppe Conte a tenu trois jours. Et la confiance au gouvernement n’a même pas été votée. Il a préféré abandonner suite au refus du président italien, Sergio Mattarella, d’accepter Paolo Savona comme ministre de l’économie et des finances. C’était, pour lui, un mauvais signe envoyé pour l’économie du pays et des ménages, Paolo Savona laissant planer un sérieux doute sur la place de l’euro comme monnaie de l’Italie. Prévoir la durée et le succès de cette tentative était hasardeux pour Jean-Pierre Darnis. « Il faut avoir une très grande humilité dans les affaires italiennes parce que la fluidité du contexte est telle que les prévisions sont souvent difficiles », assure-t-il. Il n’empêche, selon lui, que « la tentative soit difficile et compliquée, c’était vrai depuis le début ». Un avis partagé par Ludmila Acone.

Un refus calculé ?

La question est de savoir si la Lega, dont vient M. Savona, a fait exprès de pousser sa nomination. « Il y a une dimension de calcul », admet Jean-Pierre Darnis. Pour Ludmila Acone , « au delà d’un nom particulier, il y avait des réticences plus grandes ». Le principe même de la coalition entre les deux partis est compliqué. Avec de prochaine élection au plus tôt en octobre et au plus tard en janvier prochain, ça laisse du temps, pour le gouvernement technique que va former Carlo Cottarelli, de continuer les politiques en cours. Les élections pour le parti Lega sont attendues car cet épisode renforce le discours eurosceptique. Les eurosceptiques sont au plus haut dans les sondages actuellement.

Une imposition de Bruxelles ?

La question est aussi celle de la dépendance à la politique de l’Union Européenne. « Il y a un sentiment anti-allemands de la part des Italiens mais aussi il y a un sentiment très fortement anti-italien des Allemands », analyse Ludmila Acone. Les premiers accusent les seconds d’avoir fait tomber le gouvernement probable car anti-Europe. Les seconds se déchaînent dans la presse en utilisant les stéréotypes de l’Italien voleur et escroc. C’est pour elle surprenant d’avoir nommé un potentiel Premier ministre, qui va autant à contresens de ce que le peuple a voté. « Ce n’est pas  quelque chose qui tend vers l’apaisement », indique-t-elle. Pour Jean-Pierre Darnis, le risque est grand que le prochaine campagne soit pour ou contre l’Union Européenne. Dans tous les cas, « c’est un rapport de forces qui s’engage », souligne Ludmila Acone.