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« Aujourd’hui le catholicisme a changé de format, il est urbain »

Grand Témoin – Guillaume Cuchet, historien issu de l’ENS, est l’auteur du livre Comment notre monde a cessé d’être chrétien  (éditions du Seuil), qui dresse le constat de l’effondrement de la chrétienté en France, et en analyse les causes.


Premier constat : jusqu’au milieu des années 1960, 94 % des français étaient baptisés et 25% allaient à la messe dominicale ; aujourd’hui, les baptisés avant l’âge de 7 ans ne sont plus que 30% et seuls 2% des français se rendent à l’église le dimanche.

Si l’on a largement imputé à l’année 1968 la responsabilité d’un tel effondrement, Guillaume Cuchet, lui, reprend les analyses du chanoine F. Boulard pour analyser les événements autrement. F. Boulard a dressé une «carte de la religion» dans les années 1960 :  « il montrait que la rupture datait de 1965-66, et pas de 68 comme tout le monde le pensait. C’est un élément majeur ».

Pour G. Cuchet, le Concile Vatican II (1962-1965) en est pour une grande part responsable : « le concile a un rôle déclencheur de la mutation. Il ne la provoque pas parce qu’elle serait arrivée de toutes façons. Elle était dans le tube mais le concile en fixe le calendrier ». Paul VI réaffirme effectivement les positions défavorables de l’Eglise face à la contraception, entre autres, ce qui aurait engendré un départ massif de fidèles. Le tout effectivement renforcé par mai 68. Seulement, la génération des baby-boomers a compensé ce manque. Il y a ainsi eu une baisse en terme de proportion de fidèles, mais pas en terme de nombre, ce qui a rendu difficilement visible le changement.

« Les régions chrétiennes, c’est le Nord, la Lorraine, l’Alsace, le Jura, le rebord des Alpes, le Pays basque, et le gros bloc de l’Ouest. On a des taux au dessus de 50% de pratique et ça monte à 90%. […] Et il y a cette grande géographie de la déchristianisation, avec le bassin parisien déchristianisé depuis la Révolution Française. » Révolution française qui est effectivement largement responsable de la déchristianisation, ayant voulu réformer le clergé en exigeant qu’il se soumette à la constitution civile du clergé: « les régions où le clergé a refusé la politique religieuse de la Révolution sont devenues les bonnes régions chrétiennes des XXe et XXe siècles et inversement ».

« Aujourd’hui le catholicisme a bien changé de format », analyse G. Cuchet. « Je ne crois pas du tout qu’il soit en phase terminale, mais il a changé de format. Il n’a plus de base rurale. Le Catholicisme contemporain est urbain, il se concentre dans des quartiers où il est une minorité mais une minorité substantielle ».

Concernant l’Islam, deuxième religion en France, il affirme : « un des événements que les sociologues contemporains ont bien analysé c’est le fait que l’on assiste probablement en ce moment à un croisement des courbes de ferveurs entre l’Islam et le Catholicisme dans la société française ».

>> « Le pari chrétien » de François Huguenin