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L’infernale vision de l’enfer

Michel Fromaget est anthropologue et maître de conférences de l’Université de Caen Basse-Normandie. Il publie « De l’enfer introuvable à l’immortalité retrouvée – les fins dernières selon le christianisme originel » (L’Harmattan). C’est le Grand Témoin de Louis Daufresne.

Michel Fromaget s’est penché sur ce qu’est l’enfer chez les premiers chrétiens. Pour cela, il a étudié les textes, surtout le Premier Testament. « Lorsqu’on procède à une analyse serrée des textes, il se trouve que le mot enfer au singulier n’apparaît pas une seule fois dans le Nouveau Testament », révèle-t-il. Or, pour les chrétiens, le mot enfer connote l’idée d’un enfer éternel. Que comprendre de ce pluriel ? C’est pour Michel Fromaget ce sont des « lieux inférieurs dans lesquels tout le monde descend une fois que nous sommes passés par le funeste vestiaire ». C’est juste un passage après la mort biologique. L’enfer comme lieu de damnation n’est que pour certains, qui y subissent les conséquences de leurs actes.  C’est un refus qui envoie en enfer.

L’enfer comme une disparition

Pour l’anthropologue, le Premier Testament ne propose pas le choix entre la vie et l’enfer mais entre la vie et la mort. A partir de ce constat, il a décidé de mettre le texte littéral en regard de ce qui est porté par l’Église. Depuis saint Augustin jusqu’à Joseph Ratzinger, la vision de l’enfer repose sur 12 à 15 versets. La vision : un châtiment éternel. « Moi, j’en ai dénombré 336 » qui sont exploitables pour comprendre l’enfer, indique-t-il. L’enfer comme damnation éternelle n’est d’ailleurs pas un dogme. Si on se rabat sur l’idée d’un feu et d’une géhenne, il y a en fait huit à neuf thèmes comme la mort, la perdition ou le feu. L’enfer serait une disparition de la personne et non une punition infinie. Ce qui collerait avec les propos que le pape a tenu dans La Reppublica en mars dernier. Même s’ils ont été démentis par le Vatican.