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Comprendre l’Iran avec Thomas Flichy de Neuville

Grand Témoin – Louis Daufresne reçoit Thomas Flichy de Neuville. Il est spécialiste de l’Iran et professeur à l’École Spéciale Militaire de Saint-Cyr. Il a publié « Le Retournement Trump » (Cerf). Il explique ce qu’est l’Iran en dehors des représentations qu’en font les diplomaties américaine et israélienne.

Donald Trump a annoncé mardi 8 mai le retrait des États-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien et le rétablissement des sanctions économiques. Mais la société iranienne n’est pas forcément comme celle décrite parles USA : dangereuse et extrémiste. « Il faut se balader dans Téhéran pour en voir la diversité », révèle Thomas Flichy de Neuville. Pour lui, l’Iran est singulière, car c’est un endroit source de créativité. « C’est le laboratoire de l’innovation du monde musulman », explique-t-il. C’est le cas pour la technique mais aussi la poésie. Certains leaders réformistes venaient de cercles poétiques. Il y a aussi une habitude du débat, non pas sur les fondements religieux, mais sur les mœurs ou la pratique. « L’Iran est à la fois enracinée dans une identité religieuse et culturelle et ouvert sur le monde », résume le chercheur.

Une proximité entre chiisme et catholicisme

Pour mieux cerner l’Iran, il faut étudier la religion majoritaire : l’islam chiite. Sur trois points différents, il existe une proximité avec le catholicisme. C’est d’abord une religion messianique avec l’attente de l’imam caché qui doit revenir sauvé les chiites. Le deuxième point, c’est le rôle d’intercession des imams, entre les vivants et les morts. Quand les imams meurent, ils deviennent des saints. Enfin, il existe une notion d’honneur désintéressé chez les hommes qui visent à prendre soin des plus fragiles, dans le même esprit chevaleresque qu’en Europe. Le chiisme est très organisé, avec un clergé, ce qui n’est pas le cas du sunnisme. Toutes ces similitudes étaient connues aux XVIIe et XVIIIe siècles. Thomas Flichy de Neuville indique que des capucins sont déjà allés en Iran pour dialoguer dans des disputatio publiques.

Un rattrapage géopolitique

Si l’Iran est parait actuellement isolé sur la scène internationale, elle essaie de sortir de cet enclavement. Historiquement, sa puissance s’étendait plus loin. « L’Iran a des connections avec des territoires qui ont été autrefois  sous influence perse », analyse Thomas Flichy de Neuville. C’est, par exemple, l’empire des Achéménides pendant le premier millénaire avant Jésus-Christ et qui s’est terminé avec les conquêtes d’Alexandre Le Grand.

Crédit : Wikipedia : Fabienkhan
Crédit : Wikipedia : Fabienkhan

Le Royaume-Uni au XIXe siècle et les USA aujourd’hui ont contraint la puissance iranienne grâce à leurs forces navales. Mais un nouveau triangle géopolitique s’est créé entre la Russie, la Turquie et l’Iran qui trouve là une manière de contrôler la région.