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Planisphère – Entre l’Inde et l’Europe, une histoire longue

Hugo Billard reçoit Sanjay Subrahmanyam, historien indien, professeur d’histoire économique à la chaire d’histoire indienne à l’université de Californie à Los Angeles, et professeur au Collège de France. Il sort « Leçons indiennes. Itinéraires d’un historien » (Alma, 2015).

L’histoire entre l’Europe et l’Inde entre le XVIème et le XVIIIème siècle pèse encore aujourd’hui dans la vision qu’ont les deux parties du monde de se percevoir mutuellement. C’est la thèse que défend Sanjay Subrahmanyam. « Si on rencontre un groupe de touristes européens en Inde, et  on regarde quels sont leurs préjugés, il y a beaucoup qui a avoir avec l’Inde britannique du XIX/XXème, mais il y a un certains nombres d’idées fortes qui vient justement de cette époque là », explique-t-il. Mais l’inverse est aussi vrai. Chaque population des deux zones a des stéréotypes qui date de l’époque moderne.

L’importance de l’implication européenne

En Inde, socialement, cette implication européenne se voit encore. Le système de castes vient du mot portugais « casta ». Pour certains chercheurs américains, c’était donc les Européens qui avaient créé le système. « A mon avis, ce qu’il y avait, c’était des catégories, de la différenciation mais il n’y avait pas un seul système qui s’appelait système de castes », analyse l’historien. Les Européens auraient juste systématisé un état de fait et mis une cohérence là où c’était beaucoup plus vague, et donc peut-être aussi plus libre. Mais on retrouve la même chose dans l’hindouisme. Ce n’était pas une religion organisé avant. Pour  Sanjay Subrahmanyam, si on mettait toutes les sortes de chrétiens qui ont existé, des manichéens et nestoriens aux catholiques latins et protestants américains : « on est dans une moindre diversité que ce qu’on appelle l’hindouisme ». Cela pose problème pour les partis politiques qui ont mis comme base idéologique une unité religieuse hindoue et nationale indienne, comme le BJP (parti du peuple indien), actuellement au pouvoir.

Une coproduction du savoir

Pour connaître ce qui vient du stéréotype et de l’imposition de l’un sur l’autre, il faut, selon l’historien, aller vers une coproduction du savoir. Le savoir étant souvent dû à la participation de plusieurs, est de toute façon une coproduction, selon lui. Il faut seulement le faire en allant l’un vers l’autre et sans en mettre un en supériorité. « Les Européens peuvent venir apprendre des choses en Inde, au lieu de convaincre les Indiens de suivre les Européens », assure-t-il.