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L’alimentation : un enjeu géopolitique

Planisphère – Gilles Fumey est agrégé et docteur en géographie. Il a publié un « Atlas de l’alimentation » (CNRS Editions, 2018), dans lequel il explique la géographie de la nourriture, entre locale et internationale.

S’il y a bien une chose qui rassemble, c’est la nourriture. Mais il y a un problème dans la manière dont l’humanité se nourrit. « Notre biodiversité alimentaire s’est appauvrie », analyse Gilles Fumey. « Si on parle des plantes qui sont à la base de notre alimentation, on constate que quasiment 75% de notre alimentation vient de sept plantes », développe-t-il. Parmi elles, on retrouve le blé, le riz et le maïs dans le top 3. Le quinoa est aussi beaucoup consommé. Elles sont utilisées car se conserve et se transforme facilement.

Les enjeux géopolitiques

Le problème de cette faible diversité de plantes est la famine en cas de mauvaises récoltes. Gilles Fumey donne l’exemple de l’Irlande en 1847 qui grâce à la pomme de terre pensait avoir éradiquée la famine. Mais le doryphore est arrivé et a déclenché la Grande Famine. Cette dépendance est un premier enjeu. L’auteur en tire cet enseignement : « il est dangereux d’imaginer que avec quelques plantes tout va très bien, un peu d’OGM et on est sauvé ». Le second est aussi présent dans le cas irlandais. Pendant la famine, les Anglais réquisitionnaient les pommes de terre avant que les Irlandais puissent en faire usage. Cela pour mater les envies de révolte et parce que les Anglais étaient souvent propriétaires terriens à l’export. Il y a donc aussi un véritable enjeu géopolitique. Aujourd’hui encore, dans les accords de libre-échange, l’aspect de l’alimentation est toujours évoqué : le poulet lavé au chlore américain, les bœufs argentins… Cela pose une question sur la viabilité des exploitations nationales. Et Gilles Fumey de conclure : « Certains d’entre nous réclament l’exception alimentaire », comme l’exception culturelle a été créée.