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Les vérités  2018 – L’Italie forme un gouvernement avec l’addition de deux contraires : le mouvement 5 étoiles (M5S) et la Ligue (du Nord)

Le président Mattarella nomme Giuseppe Conte Premier ministre avec probablement Luigi Di Maio (dirigeant du M5S), ministre du développement économique, et Matteo Salvini (dirigeant de la Ligue), ministre de l’Intérieur.

« Si le nouveau gouvernement prenait le risque de ne pas respecter ses engagements sur la dette, le déficit, mais aussi l’assainissement des banques, c’est toute la stabilité financière de la zone euro qui serait menacée ».

Le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, a ainsi résumé l’état d’esprit des dirigeants européens face à la coalition annoncée en Italie.  Que dit ce contrat censé synthétiser les idées des deux formations ? Il est actuellement présenté aux militants sur Internet avant d’être soumis au président italien, Sergio Mattarella.

Contrairement à la première version, il ne fait plus mention d’une sortie de l’euro ou d’une réduction de la dette italienne. Les principaux points abordés sont la décision de refuser l’austérité, une simplification fiscale via une « flat tax », un revenu de citoyenneté (à hauteur de 780 euros par mois), la baisse de l’âge de la retraite, la lutte contre la corruption et la volonté d’ouvrir des partenariats avec la Russie.

   Quelles mesures inquiètent particulièrement l’Union européenne ?

– Les rapports avec la Russie. Le M5S et la Ligue ont mis en avant leur volonté de nouer des partenariats avec la Russie. « Ils ont commencé par réaffirmer la position de l’Italie dans l’Otan et la position des Etats-Unis comme partenaire privilégié », explique la spécialiste de l’Italie, Ludmila Acone. Mais cette annonce a également permis de prévoir « une ouverture vers la Russie qui ne doit pas être perçue comme une menace                           – Le renvoi de migrants. Environ 600 000 expulsions ont été annoncées par la coalition. L’Italie prend donc un virage très à droite sur la question migratoire. On ne peut pas exclure qu’il y ait un grand marchandage, qui se fera sur le dos des migrants.

– La « flat tax » et le revenu de citoyenneté. L’instauration de la « flat tax » réduit le nombre de tranches à deux taux de 15% et 20%, que ce soit pour les ménages ou les entreprises. Le revenu de citoyenneté, lui, s’élève à 780 euros et s’adresse aux personnes en situation de précarité. En soi, les acteurs de l’Union européenne ne redoutent pas ces deux mesures. Ce qui inquiète, c’est l’impact qu’elles pourraient avoir sur la dette du pays, qui s’élève à 2 300 milliards d’euros.

Au total, ces mesures pourraient coûter au moins 100 milliards d’euros, selon plusieurs experts, sans que l’on sache vraiment comment leur financement pourra être assuré. Or la coalition a déjà précisé qu’elle ne ferait pas peser son action sur les impôts.

D’une façon générale, ce programme tourne le dos à l’austérité et parie sur une politique de croissance pour réduire la dette publique, or la « flat tax », si elle est mise en œuvre, pourrait creuser le déficit de l’Etat.

D’autres mesures peuvent-elles encore apparaître ?

Le scénario de « l’Italexit » était écrit noir sur blanc dans la première version de l’accord : plus de trace d’une sortie de l’Europe dans le contrat de gouvernement.

D’autre part, ce n’est pas tant le programme qui effraie l’Europe, mais plutôt ceux qui en sont à l’origine. « Les propositions étaient connues, elles sortent directement des programmes de la Ligue et du M5S. C’est plutôt lié au fait que les gens n’imaginaient pas que ces formations politiques arriveraient un jour au pouvoir. »

Le vice-président de la Commission européenne, Jyrki Katainen, a mis en garde le futur gouvernement italien. Il a notamment rappelé que les règles du pacte européen de stabilité et de croissance « s’appliquent à tous les Etats membres de l’UE ».

L’inquiétude a déjà gagné les marchés financiers. Vendredi, jour de la présentation de l’accord, la Bourse de Milan avait perdu 1,5%.

Pourtant tout n’est pas noir. La balance commerciale du pays est positive,  l’industrie se porte bien, mais elle est située principalement au Nord, terre d’élection de la Ligue, et le tourisme est florissant. Par contre le sud reste pauvre et ne l’admet pas.

C’est le vrai défi de l’Italie, mais une fuite en avant serait désastreuse pour Rome et pour l’Europe.