le direct Musique sacrée

Les vérités 2018 – L’Iran face à une triple crise : géopolitique, économique et sociale

Face à l’hostilité croissante des Etats-Unis vis-à-vis de Téhéran, comment ne pas avoir la nostalgie de l’Iran impérial, précédant la révolution des Mollahs ? Un régime, certes impérial, mais qui tentait de créer une démocratie moderne, alliée de l’Europe et de Washington.

Donald Trump a encore dénoncé l’agressivité de l’Iran : « Dans les années qui ont suivi la signature de l’accord » de 2015 censé empêcher Téhéran de fabriquer la bombe atomique, l’agression de l’Iran n’a fait qu’augmenter.  Il avait convoqué cette réunion sur la non-prolifération des armes de destructions massive à l’occasion de l’Assemblée générale annuelle des Nations unies. Il a promis que les sanctions établies par Washington seraient « pleinement » en vigueur et seront suivies par de nouvelles mesures punitives « plus dures que jamais, pour contrer l’ensemble du comportement malveillant de l’Iran« .

Face à lui, les Européens, la Russie et la Chine ont défendu l’accord.

« Le fait que les Etats-Unis se soient retirés de l’accord constitue une menace pour le Traité de non-prolifération« , a répondu le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov. Si on ne sauve pas le pacte de 2015, « nous pourrions être confrontés à une montée des tensions dans l’ensemble du Moyen-Orient« .

En 2015, l’accord avec l’Iran pour un arrêt du programme nucléaire militaire en échange d’une levée de sanctions internationales – « avait été obtenu de haute lutte« , a déclaré le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi. Il représente « une victoire pour le multilatéralisme, il contribue à la paix et à la stabilité au Moyen-Orient » et « avait été entériné à l’unanimité par le Conseil de sécurité« , a-t-il conclu.

Les alliés de Washington ont abondé dans le même sens. L’accord « demeure le meilleur moyen d’empêcher l’Iran de développer une arme nucléaire« , a  déclaré la Première ministre britannique Theresa May.

Emmanuel Macron, qui prône le dialogue avec Téhéran, estime que la question iranienne ne pouvait se réduire à une « politique de sanctions« . « Nous devons bâtir ensemble une stratégie de long terme« , a-t-il réclamé avec de « nouvelles négociations sur l’encadrement du nucléaire iranien au-delà de 2025/2030« .

Absent du Conseil de Sécurité dont son pays n’est pas membre, le président iranien Hassan Rohani a estimé, lors d’une conférence de presse à New York, que les Etats-Unis finiraient « tout ou tard » par revenir dans l’accord. L’Iran, lui, y restera tant qu’il en tirera des bénéfices économiques, a-t-il promis.

Les signataires de l’accord nucléaire de 2015, à l’exception de Washington, ont annoncé un mécanisme complexe de troc, visant à préserver les nombreuses entreprises étrangères sommées de quitter l’Iran sous peine de mesures punitives de la part de la Maison Blanche. Camouflet pour Donald Trump, cette initiative a été dénoncée par son administration.

Le président américain, en recevant le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, s’est toutefois montré confiant sur l’attitude de l’Europe à son égard dans le dossier iranien. « Je pense que les Européens se comporteront bien« , a-t-il dit.

Cette géopolitique, belliqueuse et agressive, a de graves conséquences sur les plans économiques et sociaux pour l’Iran. Depuis le début de l’année, le rial a perdu près des deux tiers de sa valeur. Dans ce contexte de crise monétaire aiguë, le président Hassan Rohani, un modéré, a remplacé la semaine dernière le gouverneur de la Banque centrale. La Banque a estimé lundi que la volatilité de la devise nationale était due à « la conspiration des ennemis » et a promis de nouvelles mesures pour contrer cette chute.

Cette inflation touche une population dont le revenu moyen, avant la crise actuelle, n’était que de 400 dollars par mois. Combien de temps les Iraniens pourront-ils supporter leur appauvrissement ?

L’avenir est sombre pour le pays et pour la région. Ayons la lucidité de l’admettre et de le faire admettre pour tenter d’apaiser la crise actuelle.