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Caroline Galacteros : « il y a la réalité d’un Iran en train de redevenir une puissance régionale majeure »

L’Iran a récemment connu une période de troubles sociaux, avec des manifestations hostiles au pouvoir en place. Si ces rassemblements ont rapidement perdu en ampleur, ils traduisent tout de même un mécontentement général. Caroline Galacteros et le Père Pierre Humblot en discutent.

Pour Caroline Galacteros « ces manifestations ont touché une quarantaine de villes, c’est impressionnant cette synchronisation du mouvement.  De mon point de vue il y a toujours un terreau, la société iranienne très inégalitaire. Dans toutes ces manifestations les slogans étaient ‘arrêtez de vous occuper de extérieure, occupez-vous de nous’.« 

Père Pierre Humblot, qui a vécu en Iran, affirme : « des Iraniens pensent que ces manifestations ne mèneraient à rien parce qu’ils savent ce qu’est une révolution et ce que ça coûte. Le régime est dirigé par d’anciens militaires qui ont connu la guerre avec l’Irak, ils ont une autorité forte. »

Revenant sur l’incendie d’une mosquée, C. Galacteros déclare: « dans le cadre d’un soulèvement un peu instrumentalisé c’est très utile : ça met juste la population en colère, ça a le mérite de mélanger un peu tout, de faire régner une confusion.« 

Elle explique également les clivages politiques entre Ayatollah et Président, tous deux conservateurs selon elle : « Il y a deux visions de la puissance iranienne. Rohani est un conservateur mais il a compris et il prône un Iran ouvert sur le monde économiquement pour récupérer sa puissance. Khamenei dit que l’Iran n’a pas besoin du reste du monde, alors on ne bouge pas. » Khamenei est hostile à un mouvement de réforme économique. « Il  y a la réalité d’un Iran qui est en train de redevenir une puissance régionale majeure, qui gêne à peu près tout le monde », explique l’experte.

« Khomenei est arrivé en tant que protestataire contre les abus d’occidentalisation rapide du temps du Shah, et aussi des questions de finance », ajoute P. Humblot. Pour les Iraniens « il n’est pas question de revenir à la monarchie. […] l’occidentalisation continue à influencer les iraniens, mais ils gardent une sensibilité tout à fait particulière par rapport  aux pays qui les entourent.«