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Les vérités  2018 – L’Italie face à des défis politiques, économiques et sociaux

Ce pays, un des fondateurs de l’Europe, doit faire face à cette addition de difficultés, à commencer par une coalition politique regroupant les extrêmes.

Que faut-il espérer, et surtout craindre, du gouvernement d’alliance Ligue-M5S en Italie? L’Italie dispose depuis le 1er juin d’un nouveau gouvernement, placé sous la houlette de Giuseppe Conte et issu de la coalition inédite entre la Ligue et le Mouvement 5 Étoiles ?

Chaque jour, le ministre italien de l’Intérieur Matteo Salvini fait entendre sa voix, sur les migrants ou sur les Roms. Mais du côté de l’économie, la politique reste encore floue, avec des signaux contradictoires.

Après le rejet par le président italien de l’eurosceptique Paolo Savona, recasé aux Affaires européennes, les deux partis de la coalition gouvernementale, le Mouvement Cinq étoiles (M5S, antisystème) et la Ligue (extrême droite), se sont accordés sur le nom de Giovanni Tria pour le poste de ministre de l’Economie et des Finances.

Pas de sortie de la zone euro, efforts pour réduire l’endettement du pays, le plus élevé de la zone euro derrière la Grèce (à 132% du PIB), respect des engagements européens sur les comptes publics. Les déclarations de cet économiste ont rassuré les marchés.

Les deux partis au pouvoir ont précisé que la réduction de l’endettement se ferait à travers la croissance, notamment via la relance des investissements et en augmentant la demande grâce à un revenu de citoyenneté de 780 euros et une réforme de la fiscalité : c’est un non à l’austérité. Dans ce contexte, les députés ont voté  une motion prévoyant de revoir les objectifs de déficit public de 2019 à 2021. Si le texte précise que cela se fera dans le « respect des engagements européens« , soit un déficit public en dessous de 3% du PIB, la question est de savoir comment ?                                                                    Le précédent gouvernement prévoyait un rapport déficit/PIB à 1,6% en 2018 et 0,8% en 2019, en nette baisse par rapport aux 2,3% de 2017, puis l’équilibre budgétaire en 2020.

Selon les médias, cet équilibre serait renvoyé à 2021. Rome demande par ailleurs que les règles européennes évoluent, afin que les dépenses d’investissement soient considérées de manière différente dans le calcul du déficit.

La décision devrait être levée en septembre lors de la présentation de son « cadre programmatique« , avec budget et prévisions. Mais la nomination de deux membres de la Ligue, eurosceptiques, à la tête d’importantes commissions parlementaires a déjà été vue comme un mauvais signe par les marchés.

« Nous ne savons pas quelle politique économique suivra l’Italie. Pour le moment, nous entendons des déclarations rassurantes sur la discipline budgétaire et la baisse de l’endettement, mais nous verrons (…) Ce que l’on peut observer, c’est que les marchés sont plutôt nerveux et anxieux, ils veulent comprendre ce que sera le « mix » des politiques italiennes« , a souligné la directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), Christine Lagarde.

Au sein du gouvernement, des tensions pourraient survenir et se retrouver contraint à un numéro d’équilibriste. Eclipsé par les déclarations fracassantes de son collègue de l’Intérieur Salvini sur l’immigration, M. Di Maio, ministre du Travail, entend bien s’imposer sur la question de la « dignité« . Il a promis de s’attaquer à la précarité, en retouchant le « Jobs Act » (la réforme du marché du travail qui a introduit davantage de flexibilité), en négociant avec les grands groupes à l’origine d’emplois précaires  et en introduisant un salaire minimum horaire.

Mais la promesse phare du M5S est la mise en place du revenu de citoyenneté qui doit permettre de faciliter l’intégration des plus pauvres sur le marché du travail.

M. Salvini, qui compte de nombreux électeurs parmi les petits entrepreneurs, a fait de la « flat tax » (taxation unique) son cheval de bataille. Il plaide aussi pour une sorte d’amnistie fiscale, permettant aux Italiens de trouver un accord avec le fisc à très faible coût pour eux.

Mais l’immigration reste la majeure de l’actualité : Rome est contraint à accepter l’arrivée de nouveaux navires. La question reste aussi la majeure géopolitique de l’Europe.