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La réforme du Bac « recalée »

Dans Décryptage, Anne Coffinier, directrice générale de la Fondation pour l’école, une association pour la création d’écoles indépendantes et Isabelle Dignocourt, professeur de lettres et auteure d’un pamphlet contre l’éducation nationale, livrent leurs réflexions sur les annonces concernant la réforme du Baccalauréat. Ça ne passe pas.

Cette fois c’est la bonne ! La prochaine réforme portée par Jean-Michel Blanquer, ministre de l’éducation nationale, s’attaque au Baccalauréat. Si aucun texte officiel n’a été présenté, plusieurs pistes de réflexion existent. La prudence est de mise pour les deux invitées. « On suppute beaucoup sur des choses qui sont encore en préparation », explique Isabelle Dignocourt. Il ne s’agit pour l’instant, que de la remise d’un rapport par Pierre Mathiot, l’ancien directeur de Sciences Po Lille. Ce qui n’empêche pas de questionner les orientations qui vont être prises.


« Si tout le monde a le ticket d’entrée, le ticket d’entrée ne sert à rien »


 « Il faut juger la réforme en fonction des objectifs » affirme Anne Coffinier. Encore faut-il les connaître. D’une part, le ministre entend relever le niveau et la crédibilité du bac. Pour Anne Coffinier, le bac doit être un ticket d’entrée vers l’enseignement supérieur. De l’autre, il doit assurer que chaque élève puisse l’avoir, comme un rite de passage républicain. « L’objectif du bac qui est de savoir si on peut faire des études avec profit au niveau supérieur et bien il est percuté par un objectif politique qui est le bac pour tous », assène Anne Coffinier. Il y a là une forte contradiction. Pour Isabelle Dignocourt, cette réforme diot permettre de retrouver la vérité sur le niveau scolaire. « C’est particulièrement méprisant pour les élèves et les parents que de les conserver jusqu’à cet âge-là dans ce déni total de ce qui est véritablement leur niveau », juge-t-elle. Un autre objectif sous-tend la réflexion de Jean-Michel Blanquer. C’est l’impératif économique. Le bac coûte 100 millions d’euros par an, et la réforme pourrait faire économiser entre 30 et 35 millions d’euros. Mais là encore, les invitées ne sont pas sûres que l’objectif soit atteint.


 « La réforme ne répond pas à l’objectif affiché, ça ne va pas rendre le bac plus sélectif, je ne suis pas certaine que ça le rende moins coûteux »


Parmi les modifications du précieux sésame, on trouve la mise en place d’une contrôle continue interne à l’établissement et externe par un système d’examens corriger à l’extérieur, la réduction d’épreuve écrite en juin, et l’instauration d’un grand oral. Cette externalisation du contrôle continue risque, selon la directrice de la fondation pour l’éducation, de nuire à la relation entre professeurs et élèves. Les premiers risquent d’être moins impliqués dans l’enseignement. Les seconds ne travailleront plus que pour la note. Isabelle Dignocourt conclut : « il faut arrêter de prendre nos enfants pour des cobayes, ceux sont déjà eux qui ont eu la réforme du collège ».

>> Pour aller plus loin : L’Éducation nationale, une machine à broyer (Éditions du Rocher), 226 pages, 18.90 €.