le direct Musique sacrée

La fin d‘une malédiction : Benvenuto Cellini de Berlioz à Paris

C’est déjà en soi un événement ! Affiché en 1972 puis en 1993 il a fallu encore attendre 25 ans et Stéphane Lisner (directeur de l’opéra de Paris), pour revoir et entendre cette musique si riche de Berlioz ! La critique d’Edith Walter.

Certes l’œuvre fait partie des plus difficiles à monter ; Berlioz en fut la première victime : présentée au public en 1928, au bout de trois représentations il y avait plus de monde sur scène que dans la salle ! En s’adressant à Terry Gilliam pour la mise en scène, le réalisateur américain des films culte « Monty Pyton et « Brazil », on était sûr de voir un spectacle dans le spectacle quelle que soit l’œuvre et sans doute l’histoire rocambolesque de Benvenuto, va bien à cet homme qui reconnaît aimer la démesure !

Les transes du maître ciseleur

On se souvient de l’histoire de Benvenuto Cellini inspiré par le récit de la vie de l’artiste publié en 1838. En tant que maître ciseleur il doit fondre une statue de bronze dans des délais effrayants imposés par le pape ; il pourra échapper ainsi au juste châtiment que doit subir un homme qui a sur la conscience un meurtre et un enlèvement. S’ajoute à ce motif principal l’histoire d’un amour contrarié, impossible… bref rien de palpitant, d’excitant dans ce non suspens. Mais le jeune Berlioz compose une musique où son génie illustre cette histoire avec faste et somptuosité ! Alors on applaudit si un metteur en scène original imagine avec talent un spectacle délirant qui fait oublier l’absence de ressort dramatique du livret.

Succès de capitale en capitale d’un spectacle visuel délirant

Le succès de cette production a commencé à Londres puis reproduit à Amsterdam, s’est confirmé à la première de Paris et il ira, l’an prochain, à Barcelone. Dès l’ouverture, la flamboyance se trouve dans la musique et dans la salle ; de gigantesques marionnettes surgissent de tous côtés, une pluie de confettis submerge le public, les acrobates se défoulent, bref dans notre impassibilité, nous devenons les héros d’une bande dessinée… la démonstration de cette ambiance de délire ne cesse jamais, frise parfois la vulgarité et peut se complaire dans un blasphème anticlérical.

Un orchestre mené de mains de maître, un plateau vocal inégal

Le divertissement, l’amusement est assuré, mais il ne doit pas capter l’attention au détriment de la superbe musique ; heureusement cette musique avance aussi dans une vitalité électrisante et son héros (John Osborn) superbe ténor américain joue un rôle fondamental dans la réussite de cette production. Il est le parfait Benvenuto Cellini physique et vocal. Avec subtilité il incarne ce personnage lyrique, tendre, fantasque, grotesque, pitoyable, la voix au timbre chaud module selon toutes les situations dans un style français parfait. Remarquable également Ascanio (Michèle Losier) l’élève de Cellini qui apporte un sac d’or remit par le pape pour Cellini. La voix est fraîche pleine de charme. En revanche je n’ai pas aimé celle de Teresa (Pretty Yende) l’amoureuse du héros. La voix bouge dangereusement… et on ne comprend pas un mot. Les autres chanteurs ne laisseront pas un souvenir immortel… En revanche le chef d’orchestre Philippe Jordan maîtrise parfaitement ce périlleux spectacle, il coordonne le magnifique chœur omniprésent et le rutilant orchestre de l’Opéra de Paris avec élégance et panache.

Cette nouvelle production devrait contribuer à donner sa vraie place à ce chef d’œuvre qui reste peu connu et pas assez apprécié des Français et elle fait partie, définitivement, des événements importants de notre année musicale !

 

Benvenuto Cellini, de Hector Berlioz

Direction : Philippe Jordan

Mise en scène : Terry Gilliam

Co-mise en scène et chorégraphie : Leah Hausman

Décors : Terry Gilliam, Aaron Marsden

 

Benvenuto Cellini : John Osborn

Guiacomo Balducci : Maurizio Muraro

Fieramosca : Audun Iversen

Le Pape Clément VII : Marco Spotti

Francesco : Vincent Delhoume

Teresa : Pretty Yande

Ascanio : Michèle Losier

 

Dates à venir :

29 mars, 4, 7, 11, 14 avril à 19h30 ; 1er avril à 14h30

 

Opéra Bastille

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