le direct Musique sacrée

Témoignages : qu’avez-vous ressenti à l’annonce de l’assassinat du Père Hamel ?

Prêtres, étudiants, parents… ils racontent la mort du père Jacques Hamel. Tristesse, colère, peur, appréhension, incompréhension… Ces paroles sont les vôtres.

▪ Père Grégoire BELLUT, curé de l’ensemble paroissial de Joinville le Pont/Diocèse de Créteil

« Dieu est amour et nous avons à répondre à son appel en nous mettant disponible à la Parole de vie »

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J’ai appris l’assassinat du Père Hamel sur internet. J’étais sans voix, sidéré… Une heure et demi après les apparitions des articles, le commissariat de Nogent m’a contacté pour la sécurité des lieux de culte. J’ai été très surpris de la réactivité… Nous avons donc convenu des moyens à mettre en place. La réaction des paroissiens a été merveilleuse. Le soir même, j’en avais le double à la messe de semaine. Ils étaient une cinquantaine. Puis j’ai proposé une célébration eucharistique pour la paroisse le lundi suivant. #JeSuisPrêtre


▪ Angélique Touchard, étudiante en psychologie

 « Je crois, et je parlerai, Moi qui ai beaucoup souffert, moi qui ai dit dans mon trouble : « l’homme n’est qu’un mensonge » (Ps 115)

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Le jour où j’ai appris que le Père Hamel avait été tué … difficile au début de bien réaliser ce que les mots sur Twitter voulaient dire de la réalité.

J’était en vacances avec des amis et bien éloignée de toute considération sur la mort, l’injustice, le surréalisme de la violence … Bref, comme souvent lorsque j’ai appris des attentats, je n’ai pas réalisé d’un coup d’un seul et bien que triste et touchée j’ai laissé reposer cette nouvelle dans un petit coin de mon cerveau.

Si je me souviens bien, cette atroce nouvelle arrivait à la suite d’une série d’attentats tous plus écœurants les uns que les autres … C’est horrible à dire mais c’est honnête : on ne s’y habitue pas mais on s’y résous, et pour se protéger, on ne peut se permettre d’être anéanti à chacune de ces nouvelles.

Pour moi, ces nouvelles agissent comme des boomerangs : plus vite ça arrive, plus vite je l’éloigne de ma pensée, mais la réaction arrive après, au moment où je repose mon esprit. Alors, une fois cette nouvelle assimilée, je gardais cela en mémoire, mais le soir même c’est là que j’ai compris.

C’est là que j’ai compris que j’étais touchée de près, que nous étions tous touchés de près. Quand la religion s’attaque à la religion, que dieu s’attaque à Dieu … Comment ne pas rejoindre le camp des désopilés, de ceux qui scindent la terre en 2 parties : les gentils, les méchants. Comment ne pas se rallier à ce mécanisme si enfantin et si pratique … ?

Nous, les adultes (enfin s’il en est un qui se dit tel), nous pleurons un méchant qui n’est pas humain, nous pleurons la violence sans pouvoir la mettre sur le dos d’un homme … Nous pleurons un néant, nous pleurons à cause de l’Islam radical, mais cela ne nous suffit pas … Nous pleurons à cause d’Adel Kermiche, mais nous savons que son geste inhumain ne peut lui être inculpé de manière si radicale … Alors nous pleurons l’éducation, la société, le manque d’idéal … Nous inventons des jolis mots pour en faire de jolies phrases, nous sommes Charlie, nous n’amalgamons pas … Mais cela ne nous ôte pas cette boule de notre gorge, cela ne nous aide pas à encaisser le choc !

Mais le soir où le Père Hamel est mort, je ne pouvais que garder cela dans mon cœur … Car un simple mot n’aurait aboutit à rien : tout cela nous laisse dans l’incompréhension, et comme des enfants, nous pleurons à cause du grand méchant, notre grand méchant vide … Vide de sens, vide d’explication. Et la prochaine fois, nous serons toujours aussi fatigués de n’avoir rien compris, surpris par la violence et violés par l’incompréhension


 ▪ Elisabeth Cote, étudiante en pastorale
« Garder l’espoir malgré tout, la prière peut faire des miracles et déplacer des montagnes »
18274919_10210988072290494_7894378144083057478_nJ’étais aux JMJ. Après un 1er trajet dans des trains bondés mais dans une joie immense d’être tous enfin arrivés à Cracovie, à l’arrivée en gare de Krakow, un choc nous attendait. Le réseau une fois retrouvé, nous apprenions par nos familles, les réseaux sociaux et les applications de news,  l’assassinat d’un prêtre alors que nous étions réunis par milliers du monde entier. Ce fut une nouvelle dure à encaisser pour nous tous. On a ensuite eu un temps en groupe, et pour continuer, nous avons prié à plusieurs milliers… On continuait de vivre les JMJ en union de prière. Cet événement a renforcé chez moi le désir de prier pour les prêtres. Ça a été une vraie prise de conscience.

Père Vianney Jamin, vicaire du groupement paroissial de Limay-Vexin
« Celui qui veut sauver sa vie la perdra ; mais celui qui perdra sa vie à cause de moi et de l’Évangile la sauvera. » (Mc 8,35)
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Je ne sais pas comment je mourrai, et Dieu me garde de faire le fier devant le mystère de la mort en martyr d’un de mes frères comme devant le mystère de ma propre mort, mais mourir en célébrant le Mémorial de la Passion de Jésus, la Sainte Messe qui est comme une fenêtre à travers le temps qui nous amène au pied de la croix du Christ, quelle belle mort pour un prêtre ! Terrible, horrible, dramatique, tragique, oui, et belle aussi.

Parce que des centaines de milliers de chrétiens et de prêtres sont morts en deux mille ans d’histoire de l’Église, des chrétiens meurent en ce moment partout dans le monde en haine de la foi, et que, partout, leur témoignage de foi jusqu’au sang a fait d’eux des saints et a fait des saints autour d’eux. Parce que l’Église en France se meurt quotidiennement de toutes ses petites chamailleries mesquines et de son endormissement sur ses lauriers de fille aînée de l’Église… quand elle se rappelle encore qu’elle l’est.

À partir d’aujourd’hui, en France en 2016 comme dans tant d’autres temps et lieux, aller à la messe ne va plus seulement être le truc relou qu’on évite au maximum sauf aux grandes fêtes, ou le rendez-vous mondain des lendemains de soirées rallyes.
Aller à la messe va demander à nouveau d’en avoir… de la foi, évidemment ! de l’espérance, de l’amour pour Jésus et nos frères. Un acte courageux, un acte de témoignage joyeux et grave à la fois, un acte de communion à la mort et la résurrection de Jésus et de son corps qui est l’Église de tous les temps et de tous les lieux.

Là encore, loin de moi l’idée de faire le fier, loin de moi l’idée de juger ceux qui auront peur, loin de moi l’idée de me sentir meilleur que qui que ce soit parce que je vais célébrer la messe avec encore plus de cœur… mais une question : allons-nous, chrétiens, catholiques de France, être dignes du nom de chrétien que le Père Hamel a porté jusqu’à la mort ?

Que Dieu nous vienne en aide et nous garde en sa miséricorde.
Qu’il fasse de nous des saints joyeux, des témoins courageux et rayonnants : ce sont nos armes pour conquérir des âmes sur des religions qui les perdent et les retournent contre leurs frères. Nos seules armes.

 


Camille Meyer, journaliste à Radio Notre Dame

« Notre réponse à ce monde en guerre a un nom : la fraternité » Pape François

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J’étais avec d’autres journalistes de Radio Notre Dame au QG des Français de Cracovie lorsque nos collègues à Paris nous ont prévenus… On s’est dit que ce n’était pas possible, qu’égorger une personne, qui plus est un prêtre, c’était ailleurs, mais pas en France. Il a fallu faire notre travail…

Nous avons attendu l’arrivée de Mgr Lebrun, tout en retenue, le QG a laissé passer 1h et Monseigneur a pris la parole… Le message de paix qu’il a donné nous a bouleversé. Pas une seule fois nous avons vu de la colère. Nous avons poursuivi la journée au milieu des jeunes avec la messe d’ouverture avec le cardinal Dziwisz. Il a appelé les jeunes à prier pour le père Hamel. Deux jours après, c’est le Saint Père qui lui a rendu un très bel hommage. Les jeunes français, loin de leur foyer, nous ont dit à quel point ça leur avait été d’une grande aide. Si certains ont parlé de colère, beaucoup ont choisi la voie de Mgr Lebrun, celui de la prière et de l’apaisement.


▪ Louis L., étudiant en journalisme

« Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes ». Bossuet

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Ma première réaction n’a pas été la surprise. Tout le monde savait. Tout le monde savait que l’Islam avançant démographiquement,  les attentats se multiplieraient. Tout le monde sait que nous sommes les futurs Chrétiens d’Orient. Sauf si survient un sursaut de conscience collectif, avec une concrétisation politique rapide. L’Histoire va très vite dans un sens, elle peut aller très vite dans l’autre.
Nous avons l’Espérance. Mais présentement les attentats vont se poursuivre. Que les Chrétiens soient des cibles en Europe, c’est nouveau, mais logique et durable.
C’est pourquoi le martyr horrible du Père Hamel n’est en rien une surprise, ça devait arriver dans cette situation. Sauf si on relève la tête et qu’on se bat pour sauver ce qui peut l’être de cette civilisation moribonde qui connait le sort de Rome. Les technologies ont remplacé les esclaves, et que les barbares viennent du Sud au lieu de l’Est, la situation est absolument identique. Tout le monde le sait. On se le reconnaît ou pas, mais tout le monde le sait. Arrêtons l’hypocrisie. Agissons et prions pour la réussite de l’action.
Les temps rudes font les hommes durs : les hommes durs rendent les temps faciles : les temps faciles font les hommes faibles : les hommes faibles vont au devant des temps rudes. Nous sommes en bout de cycle : l’Europe meurt, pourrie de l’intérieure par la décadence, et des peuples plus besogneux viennent l’achever. Sur ses ruines prospérera une nouvelle civilisation. Laquelle ? Ça dépend de nous.
Voilà ce que m’a inspiré la nouvelle de cette mort sur le moment. Et un an après tout corrobore cette logique. Ça n’a rien changé dans ma vie, c’est simplement un coup de bélier sur la porte du chaos. Quand elle cédera, je serai prêt. Enfin j’espère. Je fais tout pour.

▪ Tulliane de Crécy, étudiante en BTS assistant manager
“L’optimisme vient de Dieu, le pessimisme est dans le cerveau de l’homme” 
12106931_383386135203887_7872252455768894680_nJe me souviens de ce moment.
Je voulais visiter une église en France, dont je ne me souviens plus du nom. Il faisait beau, limite 32ºC, j’étais très contente. J’y suis allée et celle-ci avait été vandalisée la veille pendant une messe…
Malgré le beau temps, à l’annonce de cette nouvelle, pour moi, le temps, s’est assombri. Tout était sombre. Plus rien n’allait.
Cela m’a d’abord énervée, à cause de tout ce que la France subit en ce moment. J’avais l’impression que tous les événements malheureux s’enchaînaient sans coupure.
Puis ça m’a attristée pour les personnes qui ont commis cet acte, et pour la famille du Père. Et ensuite, c’est peut-être égoïste, mais j’ai repensé a l’église que je voulais visiter…
Maintenant, j’espère qu’il est heureux et qu’il veille sur nous tous.

Même s’il y a des événements malheureux, atroces dans la vie, il faut arrêter de la voir d’une façon négative. Il faut en profiter, arrêter de vivre dans un pessimisme. La vie c’est une des choses que Dieu a créée, il nous a donné notre naissance et c’est une des choses les plus belles qu’il nous ait donné. Alors, soyons optimistes.


▪ Arthur Mallen, peintre en bâtiment
« Il n’y a pas de plus grand amour que de se donner aux autres »
18056914_10212538708132275_3330581545640563603_nJe me souviens l’avoir appris lors de ma première journée à Cracovie, la première journée des JMJ. J’entamais ma deuxième semaine de pèlerinage en Pologne avec la paroisse Sainte Marie des Batignolles. Nous étions choqués. C’était la première fois que j’entendais parler d’un prêtre français assassiné. Le hasard du calendrier a fait que le lendemain, on a eu une catéchèse sur la justice. Evidemment l’assassinat du père Hamel a occupé la majeure partie de la catéchèse du père Grégoire Meunier. D’autant plus que le thème de l’année était la miséricorde. Il a donc parlé de quelle justice nous pouvions rendre à des terroristes, comment nous pouvions les pardonner… Je me souviens aussi que le vendredi, trois jours après la mort du père Hamel, le père Luc de Bellecize nous avait demandé de la part des évêques de France de faire une journée de jeûne et de prière pour le père Hamel.

Un an après sa mort, sachons par nos valeurs d’amour et de charité être plus forts que ce terrorisme, et ne pas tomber dans un sentiment de vengeance et de haine.


▪ Hélène Weidner Petitjean, chef de projet
« Vas-t-en Satan ! »
550306_4902313435155_544280070_nJ’étais au bureau en cette période d’été, les yeux rivés sur mon PC, casque aux oreilles… Quand soudain, j’entends cette alerte puis le déroulé effroyable de cet insoutenable assassinat… D’abord prostrée dans le silence, j’ai vite été submergée par un sentiment d’horreur puis de colère contre un état qui a minimisé la montée de l’Islamisme radical depuis tant d’années… L’insoutenable avait été commis, tuer ainsi un serviteur de Dieu et de surcroît un homme âgé !
Heureusement, j’ai reçu le message apaisant et plein d’Espérance d’un ami prêtre rappelant le sacrifice ultime de notre Seigneur par amour des hommes.
Un an a passé, un procès de béatification est en cours…mais l’incompréhension est toujours la même, le pardon est difficile et cette dernière phrase du Père Hamel :« Vas-t’en Satan » me hante à jamais….Prions pour lui et pour tous nos prêtres !