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Nouvelle traduction du Notre Père à partir du 3 décembre : tout comprendre

D’ici quelques jours, pendant la Messe du premier dimanche de l’Avent, les fidèles prieront avec la nouvelle version du Notre Père. Qu’est-ce qui va changer, et pourquoi ?

14464_7La nouvelle version du Notre Père

Notre Père, qui es aux cieux,
que ton nom soit sanctifié,
que ton règne vienne,
que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel.
Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour.
Pardonne-nous nos offenses,
comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés.
Et ne nous laisse pas entrer en tentation
mais délivre-nous du Mal.

Amen

Cette nouvelle traduction amène donc un changement notable : la formulation de la 6e demande. Les fidèles ne diront plus: « Ne nous soumets pas à la tentation » mais « Ne nous laisse pas entrer en tentation ».

Un peu d’histoire… et d’œcuménisme

Assemblée plénière des évêques de France à Lourdes
Assemblée plénière des évêques de France à Lourdes

La décision de modifier la prière du Seigneur n’allait pas de soi : d’abord parce qu’elle est la prière la plus mémorisée par les fidèles, ensuite parce que la traduction en usage a fait l’objet d’un consensus œcuménique.

En janvier 1966, la Conférence épiscopale catholique, les quatre Églises luthériennes et réformées en France et les évêques de trois juridictions de l’Église orthodoxe en France ont décidé d’adopter une traduction commune de la prière du Notre Père récitée par leurs fidèles. Cette version dite « œcuménique » a ensuite été reçue plus largement par les différentes familles ecclésiales francophones.

Dans l’Église catholique,  en lien avec la Congrégation pour le culte divin à Rome, les Conférences épiscopales des pays francophones (Afrique du Nord, Belgique, Canada, France, Luxembourg et Suisse) travaillent ensemble aux traductions en langue française. Lors de leur assemblée du printemps 2009, les évêques catholiques français ont souhaité, qu’ « après concertation avec les autres Églises ou communautés ecclésiales » la formule « et ne nous laisse pas entrer en tentation » soit adoptée pour le texte du Notre Père de la messe.

En septembre 2009, l’Église catholique a informé ses partenaires au sein du Conseil d’Églises chrétiennes en France (CÉCEF) de ce projet de modifier la traduction de la sixième demande de la prière du Notre Père (à partir de l’Avent 2016) et a sollicité leur avis.

Après plusieurs étapes de réflexion, le Conseil d’Églises chrétiennes en France (CÉCEF) a recommandé que lors des célébrations œcuméniques qui auront lieu à partir de l’Avent 2017, la sixième demande du Notre Père soit ainsi formulée : « et ne nous laisse pas entrer en tentation ».

Par ailleurs, en officialisant la nouvelle traduction du Notre Père, les évêques à Lourdes l’ont présentée comme devenant traduction en usage « dans toute forme de liturgie publique ». Une date unique d’application signe l’ecclésialité de la démarche.

Père Emmanuel Gougaudresponsable du Service national pour l’unité des chrétiens

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Carmel du Pater (Jérusalem)

Pourquoi modifier la traduction de ce verset ?

Il faut d’abord dire que ce verset est très complexe à traduire. Les exégètes estiment que derrière l’expression en grec du texte de Mt 6, 13 et Lc 11, 4 se trouve une manière sémitique de dire les choses. Aussi, la formule en usage depuis 1966, « ne nous soumets pas à la tentation », sans être excellente, n’est pas fautive d’un point de vue exégétique. Mais il se trouve qu’elle est mal comprise des fidèles à qui il n’est pas demandé de connaitre les arrière-fonds sémitiques pour prier en vérité la prière du Seigneur. Beaucoup comprennent que Dieu pourrait nous soumettre à la tentation, nous éprouver en nous sollicitant au mal. Le sens de la foi leur indique que ce ne peut pas être le sens de cette sixième demande. Ainsi dans la lettre de Saint Jacques il est dit clairement : « Dans l’épreuve de la tentation, que personne ne dise : ‘Ma tentation vient de Dieu’, Dieu, en effet, ne peut être tenté de faire le mal, et lui-même ne tente personne » (Jc 1, 13).  D’où la demande réitérée d’une traduction qui tout en respectant le sens du texte original n’induise pas une fausse compréhension chez les fidèles.

Cependant le problème n’est pas qu’une question de mots. La difficulté est celle d’exprimer et de comprendre (pour autant qu’on le puisse !), le mystère de Dieu dans sa relation aux hommes et au monde marqué par la présence et la force du mal.

Père Jacques Rideau, ancien directeur du Service national de la pastorale liturgique et sacramentelle

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Pourquoi une entrée en vigueur le 3 décembre 2017 ?

D’après laSaint_Joseph_Cathedral_(Columbus,_Ohio)_-_interior,_before_Mass_on_the_Feast_of_the_Sacred_Heart_of_Jesus Conférence des évêques de France, « la nouvelle traduction de la sixième demande du Notre Père a été confirmée par la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements le 12 juin 2013, avec l’ensemble de la nouvelle traduction liturgique de la Bible, dont elle fait partie. Il avait été décidé que l’on attendrait la publication de la nouvelle traduction du Missel romain pour rendre effective la nouvelle formulation du Notre Père.

La validation de la traduction du Missel romain prenant plus de temps que prévu, les évêques belges francophones ont décidé d’une entrée en vigueur de la nouvelle traduction du Notre Père à la Pentecôte 2017.

Lors de l’Assemblée plénière de mars 2017, les évêques français leur ont emboité le pas, rendant la nouvelle traduction du Notre Père exécutoire le 3 décembre prochain. Ce jour qui est le premier dimanche de l’Avent marque en effet le début de la nouvelle année liturgique. C’est donc une occasion unique de se réapproprier la prière du Christ lui-même.

Concernant les Églises francophones, certaines ont précédé le mouvement tel le Bénin à la Pentecôte, tandis que d’autres l’accompagnent, par exemple la Suisse ».

« La nouvelle traduction du Notre Père est une belle occasion de redécouvrir la prière chrétienne par excellence, dite trop souvent par habitude », selon Mgr Guy de Kerimel, évêque de Grenoble-Vienne, Président de la Commission épiscopale pour la liturgie et la pastorale sacramentelle.

Pour aller plus loin (sources) :

>>  Le dossier spécial du site eglise.catholique.fr

>> Le dossier spécial du site liturgie.catholique.fr

>> L’article de frère Olivier-Thomas Venard, o.p., vice-directeur de l’Ecole Biblique de Jérusalem, dans le magazine « Eglise à Monaco »

>> La playlist spéciale du site tv.catholique.fr