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Mgr André Vingt-Trois : « rendre la parole évangélique perceptible »

Le cardinal André Vingt-Trois a atteint, mardi 7 novembre dernier, l’âge de la retraite. Le pape François a nommé Mgr Michel Aupetit pour lui succéder. Quelle empreinte Mgr André Vingt-Trois laisse-t-il sur le diocèse de Paris ?

Pour Mgr André Vingt-Trois, Paris n’a plus de secret ou presque. Et pour cause. Né dans la capitale le 7 novembre 1942, il a fait ses études au Lycée Henri IV avant d’entrer au séminaire Saint-Sulpice d’Issy-les-Moulineaux à l’âge de 20 ans. Accompagnement par les deux aumôniers du lycée, souvenirs du service de l’autel. « Ma vocation au sacerdoce a mûri d’année en année jusqu’au seuil de mon entrée au séminaire… Il n’y a pas eu d’événement particulier », raconte Mgr André Vingt-Trois, dans un de ses éclats de rire dont il a le secret.

« On était là, dans notre rôle de pasteur, pour les aider à se situer, à trouver leur chemin »

C’est à l’Institut Catholique de Paris qu’il fait ensuite sa licence de théologie, marqué en particulier par la figure intellectuelle et spirituelle de Saint Irénée dont il a étudié les écrits. Le service militaire en Allemagne entre 1964 et 1965, André Vingt-Trois est ordonné prêtre pour l’église parisienne, en juin 1969, par le cardinal François Marty. 27 ans et un premier ministère comme vicaire à la paroisse Sainte-Jeanne de Chantal. Une première rencontre, aussi, avec le père Jean-Marie Lustiger. « Durant 5 ans, il m’a beaucoup appris sur la manière d’exercer le ministère, par ses conseils, ses réactions, ses suggestions, il m’a aidé et encouragé ». En 1974, le père André Vingt-Trois retrouve le séminaire de Saint-Sulpice dont il prend la tête. « C’était un ministère très attachant et très intéressant… D’abord parce qu’il fallait préparer mes cours de théologie morale et sacramentelle, ensuite pour la direction spirituelle, enfin pour les relations nouées avec ceux qui allaient devenir les prêtres de nos diocèses… Un ministère passionnant ». Plus passionnant encore pour le père André Vingt-Trois à une époque où l’Eglise, bien vivante, connaît aussi quelques tiraillements. « On était là, dans notre rôle de pasteur, pour les aider à se situer, à trouver leur chemin ». Dès 1981, il devient vicaire général pour le diocèse de Paris, à la demande du cardinal Lustiger. Sept ans plus tard, il est ordonné évêque et reçoit la charge d’évêque auxiliaire de Paris. L’Ecole cathédrale, le redécoupage des secteurs paroissiaux, la création de Radio Notre-Dame : il est de tous les grands projets du cardinal. C’est aussi à cette époque que Mgr André Vingt-Trois se forge une réputation d’homme de dossiers, à l’humour aiguisé.

« La laïcité est un moyen de vivre ensemble de façon paisible »

Mais c’est bien à Tours, en Indre-et-Loire, que Mgr André Vingt-Trois prend toute son envergure. Il dirige le diocèse dès 1999. « Un diocèse très attachant par la vitalité des communautés chrétiennes, la qualité des prêtres et la disponibilité des laïcs », dit-il. Sa méthode ? Sillonner le terrain, écouter les prêtres, les laïcs et ses collaborateurs, prendre le temps du discernement et trancher lorsque c’était nécessaire avec autorité. Mgr Vingt-Trois dynamise ainsi le diocèse de Tours ne mettant notamment en place une réflexion synodale : « Avance au large ». Deux années d’échanges, à l’issue desquelles, plus de 6 000 personnes de toutes les communautés élaborent des axes pastoraux. Très préoccupé par la pénurie de prêtres, Mgr André Vingt-Trois ouvre également une Maison des Vocations. Enfin, il est très souvent présent auprès des jeunes, avec lesquels le courant passe bien. Les Tourangeots gardent de lui l’image d’un homme de décision, d’écoute, un bon gestionnaire à la fois pragmatique et ferme. Un homme qui ne manie pas la langue de bois, quitte, parfois, à être un peu ironique.

2007-2014 : les années à la tête de la Conférence des Evêques de France. Un travail sur la pédophilie complété et actualisé, une réflexion sur la catéchèse avec le rassemblement Ecclesia, un travail sur la bioéthique, mais aussi sur l’avenir des communautés chrétiennes. « Un travail avec mes frères évêques qui s’est fait dans la communion et la solidarité, mais aussi dans l’enrichissement et la tolérance mutuels », déclare Mgr Vingt-Trois. Parmi les temps forts : la visite de Benoît XVI en France en 2008. L’archevêque de Paris a été marqué par « l’affluence sur l’esplanade des Invalides » : « un beau signe de visibilité ».

« Rendre la parole évangélique perceptible »

Il est nommé archevêque de la capitale le 11 février 2005 par Jean-Paul II. « Je ne suis pas chargé de faire entrer les gens dans les églises, je suis chargé de leur annoncer une bonne nouvelle », aime alors à répéter Mgr André Vingt-Trois. « Ouvrir les portes des églises donc pour que celui qui est dehors puisse voir ce qui se passe dedans et que, celui qui est dedans puisse sortir pour aller rencontrer celui qui est dehors ». Des paroles, l’archevêque de Paris passe rapidement aux actes, en lançant, dès 2009, le projet « paroisses en mission ». Une année consacrée à l’eucharistie, une à la famille et la jeunesse, puis à l’éthique et à la solidarité. En 2012, ce fut l’année de la foi, en 2013, l’année de l’Appel. Deux ans auparavant, les Chantiers du Cardinal commencent à faire peau neuve avec le lancement du projet du Grand Pari(s) de l’Eglise. Alors rupture ou continuité avec son prédécesseur et ami le cardinal Jean-Marie Lustiger ? En 2007, Mgr André Vingt-Trois répond qu’il a la faiblesse de se croire capable, comme le cardinal Lustiger, « d’être lui-même sans s’inquiéter beaucoup de ce qu’on en pense« . « Mission de liberté », pour reprendre le titre d’un livre d’entretiens paru en 2010, voilà bien ce qui caractérise le cardinal André Vingt-Trois. L’archevêque de Paris qui aime reprendre les mots du pape François : « être soi-même pour ne pas se laisser formater par les slogans de la pensée dominante ou par la modélisation de l’existence humaine qui ne souffre plus d’aucune instance critique ». Il n’aime guère le cinéma politique français. En revanche, il estime que l’Eglise avait son mot à dire sur la vie de la société et le bien commun. Il s’agit « d’entrer dans le débat plutôt que dans la surenchère« . Mgr André Vingt-Trois joue un rôle indéniable dans la mobilisation contre le mariage pour tous. « Elle a démontré que bon nombre de Français ont le sentiment que l’on est en train de les conduire vers un mode de vie qui ne correspond pas à ce qu’ils sont et à ce qu’ils pensent être bon pour la société », affirme le cardinal. Fin connaisseur de ces questions, le membre du Conseil pontifical pour la famille est également nommé par le pape François à la coprésidence du Synode qui se déroule en octobre 2015.

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« Mieux vaut vivre branchés sur des réseaux de relations réelles ! »

« L’évangile est un tout », rappelle Mgr Vingt-Trois à ceux qui l’oublient, « les chrétiens ne doivent pas se désolidariser de la société mais prendre conscience et faire prendre conscience des valeurs qui sont les plus importantes ». Pour le cardinal, le combat se joue moins dans l’affrontement politique au pouvoir qu’à un niveau personnel et spirituel. A ce sujet, il parle de « conversion permanente ». « Beaucoup peut changer dans notre manière de vivre notre foi si nous adhérons mieux au dynamisme interne de l’Eucharistie ». Mgr Vingt-Trois n’est guère un adepte du matraquage médiatique et des nouvelles formes de communication. Il appelle souvent de ses vœux une société apaisée, où chacun serait « moins soumis au stress de l’information instantanée, des réseaux sociaux vecteurs de rumeurs ».

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