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L’Eglise est-elle miséricordieuse quand elle excommunie ?

L’excommunication est une sanction grave que seul un évêque peut prononcer ; elle exclut notamment de recevoir tout sacrement. Le Pape François a récemment menacé la mafia italienne d’excommunication collective. Quels sont les fondements d’une telle pratique ? A t-elle encore sa place dans l’Eglise à une époque où la miséricorde a été le thème de la précédente année jubilaire ?

Avec Maud Protat – Koffler

En bon professeur et au sortir de ses examens de faculté, le père Cédric Burgun revient sur cette notion théologique extrêmement importante :« L’excommunication ne coupe pas de l’Eglise invisible, elle coupe de l’Eglise visible. L’Eglise ne pose des sanctions que sur cette terre et sur cette terre nous connaissons les limites visibles du Christ. L’Eglise ici-bas n’a pas d’autorité sur l’Eglise du ciel. Elle ne dit pas que quelqu’un va en enfer et elle ne condamne pas ni au purgatoire, ni à l’enfer. Ça, c’est le jugement de Dieu. »

Dans la mentalité chrétienne, nous avons pu croire que l’excommunication était une peine aux conséquences radicales et définitives. Toutefois, « tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel (Mt 18,18)« . Pour le père Cédric Burgun, à partir du moment où l’Église décrète quelque chose ici-bas, elle le fait de par l’autorité qu’elle a reçu de Dieu. Ce ne sera donc pas indépendant du jugement de Dieu. C’est en ce sens que la miséricorde est toujours proposée au plus grand des pêcheurs, au plus grand des délinquants et au plus grande des excommuniés.

Faut-il être scandalisé ?

Si l’on devait reposer cette réflexion sur les fondements scripturaires, il faudrait revenir sur la parole même du Christ : « Si ton oeil droit est pour toi une occasion de chute, arrache-le et jette-le loin de toi; car il est avantageux pour toi qu’un seul de tes membres périsse, et que ton corps entier ne soit pas jeté dans la géhenne (Mt 5,29)« . Il est question de protéger le corps ecclésial. A un moment donné, le péché peut avoir de telles conséquences sur l’entièreté du corps qu’il faut savoir parfois le mettre à distance. « L’excommunication n’est pas seulement individuelle ». Le comportement de l’un a des répercussions sur le comportement du plus petit. « Mais, si quelqu’un scandalisait un de ces petits qui croient en moi, il vaudrait mieux pour lui qu’on suspendît à son cou une meule de moulin, et qu’on le jetât au fond de la mer (Mt 18,6)« .

Ainsi, l’Eglise punit parce qu’elle est miséricordieuse.

En revanche, l’excommunication n’est jamais définitive : l’Eglise peut lever sa peine. Elle distingue également le péché du délit. Le péché est un acte moral mauvais qui a été posé contre la volonté de Dieu. Ce péché peut devenir un délit quand il y a connaissance de la peine qui est encourue. Il y a toujours une liberté dans l’acte posé.

Peut-on douter de la légitimité d’une excommunication ?

Aujourd’hui, le droit canonique encadre de manière très précise les excommunications. Elles peuvent être portées par une autorité ecclésiale ou effectuées de manière automatique, c’est à dire posées par le fait même d’avoir commis l’acte : profanation de l’eucharistie, violation du secret de confession… Lorsqu’elle est automatique, elle peut être déclarée par l’autorité ecclésiale pour clarifier les choses.