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Elisabeth de la Trinité : « j’ai trouvé mon Ciel sur la terre puisque le Ciel c’est Dieu, et Dieu c’est mon âme »

Canonisée par le pape François, le 16 octobre 2016, Elisabeth de la Trinité a, très tôt, eu un désir profond de radicalité en voulant entrer au Carmel ; « ce n’est pas tout d’entendre cette parole, il faut encore la garder » disait-elle

Un désir de vocation dès l’âge de 11 ans

Née à Avord, près de Bourges, en 1880, où son père est en garnison, Elisabeth Catez arrive à Dijon en 1882. C’est une enfant pleine de vie, coléreuse même, énergique et délicieuse. Petite fille, très tôt elle connaît la souffrance : son grand-père meurt quand elle a 7 ans, et quelques mois plus tard survient la mort de son père. Sa vie est celle de toutes les jeunes filles bourgeoises de son temps. De caractère vif, enthousiaste, elle montre beaucoup de sensibilité.

A 11 ans, elle a décidé de se faire religieuse. Sa mère s’oppose à cette vocation si précoce et lui demande d’attendre sa majorité pour entrer au Carmel. « Qu’importe, écrit Elisabeth dans son journal, je puis être carmélite en-dedans. »

Élisabeth excelle au piano. Elle méritera très jeune, à treize ans, le premier prix de piano au Conservatoire de Dijon. Son âme vibrante et poétique s’exprimait dans sa musique.

Le jour même de sa première communion, Madame Catez avait conduit sa fille, en « communiante », faire une visite au Carmel. La supérieure révèle à cette enfant le sens de son nom : « Maison de Dieu » ce qui émerveille Élisabeth.

A quatorze ans un jour après avoir reçu le corps du Christ, Elisabeth se sent irrésistiblement poussée à lui vouer toute sa vie et elle prononce un vœu de virginité perpétuelle. Un peu plus tard, son projet de vie religieuse se précisera.

A l’âge adulte, elle se questionne sur elle-même : « Sans orgueil je crois que l’ensemble de ma personne n’est pas déplaisant. Je suis brune et, dit-on, assez grande pour mon âge. J’ai des yeux noirs pétillants, mes épais sourcils me donnent un air sévère. Le reste de ma personne est insignifiant. Je dirai que j’ai un assez bon caractère. Je suis gaie et, je dois l’avouer, un peu étourdie. J’ai bon coeur. Je suis de nature coquette. ‘Il faut l’être un peu’, dit-on. Je ne suis pas paresseuse. Je sais que le travail rend heureux. Sans être un modèle de patience, je sais généralement me contenir. Je n’ai pas de rancune. J’ai mes défauts, hélas peu de qualités !… J’espère en acquérir ! »

Les années qui restent avant l’entrée au Carmel (1901) sont pour elle des années de mûrissement intense, et son église tient une grande place : les paroissiens sont frappés par son exactitude, son maintien et la grâce qui émane de cette jeune fille discrète et fidèle. Elle donne beaucoup d’elle-même aux activités paroissiales : retraite pour jeunes filles, choeur de chant, préparation à la première communion de certains enfants, visite à leurs familles, patronage destiné à rassembler des jeunes sans occupation. Elle bénéficie d’une direction spirituelle avisée.

Le 2 août 1901, elle entre enfin au Carmel

« Nous allons communier à la Messe de 8 heures et, après cela, quand Il sera dans mon coeur, maman me conduira à la porte de clôture ! J’aime ma mère comme jamais je ne l’ai aimée, et au moment de consommer le sacrifice qui va me séparer de ces deux créatures chéries qu’il m’a choisies si bonnes, si vous saviez quelle paix inonde mon âme ! Ce n’est déjà plus la terre, je sens que je suis toute sienne, que je ne garde rien, je me jette en ses bras comme un petit enfant. »

Elle gardera au Carmel le prénom de son baptême. Sa vie de carmélite à Dijon ne durera que cinq années. Tout en raccommodant humblement les robes de la communauté, Elisabeth étudie saint Paul. Elle y découvre les mots « être louange de gloire » qui seront l’expression de toute sa spiritualité. Elle écrit beaucoup, à sa famille, à ses amis, et tient un journal spirituel. L’écoute de la Parole de Dieu la conduit au silence intérieur : « Ce n’est pas tout d’entendre cette Parole, il faut encore la garder ».

La maladie d’Addison emporte prématurément Elisabeth en 1906, après de grandes souffrances.

Elle a été béatifiée par le pape Jean-Paul Il le 25 novembre 1984. Ce dernier confiera à son propos : « l’une des filles de France qui avait la plus grande influence sur ma vie ».

Une forte influence spirituelle

À la mort d’Élisabeth de la Trinité, la supérieure du Carmel de Dijon décide de publier une petite biographie posthume de 14 pages et diffusée aux différents carmels. Cette circulaire est très vite épuisée, et Mère Germaine décide alors de publier un livre sur Élisabeth de la Trinité, intitulé « Souvenirs », qui est publié en 1909 à 1 500 exemplaires. Le succès du livre conduit à sa réimpression, 25 000 exemplaires sont vendus en 1919, puis 80 000 exemplaires en 1935 et plus de 100 000 exemplaires en 1956.

Le dominicain Marie-Michel Philipon décide de faire sa thèse de théologie sur la conception de l’ « habitation de la Trinité » dans les écrits d’Élisabeth de la Trinité dès 1933. L’étude de Marie-Michel Philipon contribue à confirmer l’analyse de Mgr Charles-Paul Sagot du Vauroux, évêque d’Agen, qui affirme que « le plus remarquable dans la vie de sœur Élisabeth de la Trinité, c’est l’exacte conformité de ses vues, de ses attraits, de sa vie intérieure, de ses paroles, avec les principes les plus sûrs de la théologie mystique « .

La prière Ô mon Dieu, Trinité que j’adore, et la publication du livre de Marie-Michel Philipon, qui connait quinze éditions en français et est traduit en neuf langues, contribuent à accréditer et répandre la richesse mystique d’Élisabeth de la Trinité.

Le théologien Hans Urs Von Balthasar, proche de Benoît XVI, écrit un livre sur la théologie d’Élisabeth de la Trinité affirmant que « la structure de son univers spirituel, le contenu et le style de sa pensée théologique, sont d’une densité, d’une consistance sans défaut ».

La prière à la Sainte Trinité : un résumé de son message spirituel

Ô mon Dieu, Trinité que j’adore (21 novembre 1904)

Ô mon Dieu, Trinité que j’adore, aidez-moi à m’oublier entièrement pour m’établir en vous, immobile et paisible comme si déjà mon âme était dans l’éternité. Que rien ne puisse troubler ma paix, ni me faire sortir de vous, ô mon Immuable, mais que chaque minute m’emporte plus loin dans la profondeur de votre Mystère. Pacifiez mon âme, faites-en votre ciel, votre demeure aimée et le lieu de votre repos. Que je ne vous y laisse jamais seul, mais que je sois là tout entière, tout éveillée en ma foi, tout adorante, toute livrée à votre Action créatrice.

Ô mon Christ aimé crucifié par amour, je voudrais être une épouse pour votre Cœur, je voudrais vous couvrir de gloire, je voudrais vous aimer… jusqu’à en mourir ! Mais je sens mon impuissance et je vous demande de me « revêtir de vous même », d’identifier mon âme à tous les mouvements de votre âme, de me submerger, de m’envahir, de vous substituer à moi, afin que ma vie ne soit qu’un rayonnement de votre Vie. Venez en moi comme Adorateur, comme Réparateur et comme Sauveur.

Ô Verbe éternel, Parole de mon Dieu, je veux passer ma vie à vous écouter, je veux me faire tout enseignable, afin d’apprendre tout de vous. Puis, à travers toutes les nuits, tous les vides, toutes les impuissances, je veux vous fixer toujours et demeurer sous votre grande lumière; ô mon Astre aimé, fascinez-moi pour que je ne puisse plus sortir de votre rayonnement.

Ô Feu consumant, Esprit d’amour, « survenez en moi » afin qu’il se fasse en mon âme comme une incarnation du Verbe : que je Lui sois une humanité de surcroît en laquelle Il renouvelle tout son Mystère. Et vous, ô Père, penchez-vous vers votre pauvre petite créature, « couvrez-la de votre ombre », ne voyez en elle que le « Bien-Aimé en lequel vous avez mis toutes vos complaisances ».

Ô mes Trois, mon Tout, ma Béatitude, Solitude infinie, Immensité où je me perds, je me livre à vous comme une proie. Ensevelissez-vous en moi pour que je m’ensevelisse en vous, en attendant d’aller contempler en votre lumière l’abîme de vos grandeurs.

Quelques citations

« Il me semble que j’ai trouvé mon Ciel sur la terre puisque le Ciel c’est Dieu, et Dieu, c’est mon âme. Le jour où j’ai compris cela, tout s’est illuminé en moi et je voudrais dire ce secret tout bas à ceux que j’aime afin qu’eux aussi, à travers tout, adhèrent toujours à Dieu »

« Ah, je voudrais pouvoir dire à toutes les âmes quelles sources de force, de paix et aussi de bonheur elles trouveraient si elles consentaient à vivre en cette intimité »

« Lorsque le poids du corps se fait sentir et fatigue votre âme, ne vous découragez pas, mais allez par la foi et l’amour à Celui qui a dit Venez à moi et je vous soulagerai. Pour ce qui regarde le moral ne vous laissez pas abattre par la pensée de vos misères. Le grand saint Paul a dit Où le péché abonde, la grâce surabonde ».