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« Je ne suis pas fonctionnaire de Dieu, le Seigneur m’a appelé, il m’a donné ce cadeau de pouvoir le suivre »

Retour sur la journée de la vie consacrée fêtée, hier, jeudi 2 février. Soeur Claire-Laetitia, de la communauté du Verbe de Vie, témoigne de ce don reçu.

Comment devient-on consacrée ? 

La-vocation-de-l-Abbaye4Déjà avant de devenir consacrée, il y a tout un cheminement, il y a plusieurs étapes. L’étape qu’on appelle l’admission ou le postulat, puis le noviciat et on prononce des vœux temporaires, pour un an, pour trois ans et puis après des vœux définitifs. Ces étapes sont très importantes, ça montre la pédagogie de l’Eglise de faire faire comprendre tout ce que comporte la vie à la suite du Christ. Dans les étapes de postulats et de noviciat, on apprend à connaître ce qu’il y a derrière ces vœux d’obéissance, de pauvreté, de chasteté. C’est souvent un peu le mystère ces vœux. Ils peuvent faire parfois un peu peur. On se coupe de tout, on a plus besoin de rien mais en fait c’est toute la pédagogie de l’Eglise qui nous permet d’entrer dans ses vœux, savoir ce qu’ils signifient avant de les accueillir. Mais comme une cuirasse qui nous arrive dessus et qui fait qu’on ne doit plus être que des chastes, des pauvres et des obéissants, non.

C’est façonné à la vraie pauvreté. La vraie pauvreté, ce n’est pas celui qui n’a rien, c’est celui qui reçoit tout, c’est d’être avant tout accueillant. Accueillir la vie, accueillir le Seigneur, accueillir tous ceux que l’on nous envoie. D’être dans la vraie chasteté et la vraie chasteté, c’est l’amour libre même si cette expression est un peu « trash ». C’est aimer en toute liberté et accueillir l’autre comme il est, comme Jésus l’accueillerait. Et obéir, obéir c’est avant tout se mettre à l’écoute. Quand je suis obéissante, ce n’est pas comme à l’armée où l’on me donne un ordre et puis j’exécute. Je ne suis pas qu’une exécutante. Le vœux d’obéissance permet d’accueillir ce que le Seigneur me demande, de le faire mien avec mon jugement, voir si cela est bon, si cela me fait grandir et de me mettre à la suite du Christ. Ces trois vœux me permettent d’avancer. C’est la pédagogie du Christ d’avancer derrière Jésus, lui est qui est le premier chaste, pauvre et obéissant.

Ce qui est important dans la vie de consacrée, pour moi, c’est de se donner chaque jour. Me donner au Seigneur mais en fait, c’est en me donnant au Seigneur, au travers de tous ceux que je rencontre, de pouvoir le donner Lui, apprendre à Le faire connaître chaque jour.

« C’est Lui qui m’a aimé le premier,

je n’ai fait que répondre

‘Oui Seigneur, je veux me mettre à ta suite' ».

 

Cela implique de recevoir un don ?

Avant toute prononciation de vœux, il y a un appel. Répondre à la vie de consacrée, c’est un don. C’est ça qu’il faut accueillir en tout premier. Je ne suis pas fonctionnaire de Dieu, le Seigneur m’a appelé, il m’a donné ce cadeau de pouvoir le suivre. C’est un don qui se résume en un lieu, à un moment de mon histoire, à un moment donné de ma vie et c’est ce qui m’a mis en route. Ce don d’amour fou du Seigneur pour moi, avant que je prononce quoi que ce soit, c’est Lui qui m’a aimé le premier, je n’ai fait que répondre « Oui Seigneur, je veux me mettre à ta suite » et progressivement chaque jour sur ce chemin, devenir un petit plus pauvre, un petit plus chaste, et surtout un petit peu plus obéissant.

Ce don, c’est un hommage quotidien au Seigneur ? 

C’est un hommage mais surtout un merci quotidien au Seigneur. Cet appel dans ma vie, chaque matin quand j’enfile mon habit de consacrée, je lui remets mes vœux par la Vierge Marie, elle qui a tout accueilli et qui a dit « qu’il me soit fait selon ta parole », c’est un cœur reconnaissant, un cœur de gratitude. Alors comme tout le monde, parfois la gratitude, elle se voit et parfois elle est enfouie, selon l’humeur du matin mais le fait de savoir que le Seigneur m’a appelé à sa suite, voir la joie que cela met dans mon cœur. C’est avec cette gratitude que j’enfile mon habit, je mets mon voile pour pouvoir rayonner de ce cœur reconnaissant.

Il y a cette phrase du Psaume 115 qui dit: « comment rendrais-je au Seigneur tout le bien qu’il m’a fait ». Alors tous les matins, je me lève en me rappelant de tout ce bien, tous ces souvenirs. C’est plus qu’un hommage, c’est un merci, merci de m’avoir appeler, merci d’avoir donné Ta vie pour moi.

Comment est votre vie au quotidien en tant que consacrée ?

Au Verbe de vie, la consacrée partage sa journée en deux pôles : la mission et la contemplation. C’est la  prière qui ouvre la journée et c’est ce qui me permet de me lancer dans la journée. Puis il y a un temps de service où je peux me donner ou alors dans un temps de mission à l’extérieur. On se retrouve tous pour les repas, certains services. La vie fraternelle est très importante, on n’est pas consacré seul, on l’est en communauté. Jésus n’était pas seul, il était avec ses apôtres. La vie fraternelle me renforce en permanence pour me mettre à la suite du Christ. Et puis le soir, il y a ce temps d’adoration. De cœur à cœur, où je me repose en remettant au Seigneur ma journée. La mission, la vie fraternelle, et la contemplation sont un peu comme un tabouret, si on enlève un des pieds du tabouret, il se casse la figure.

Le pape Jean Paul II a fait de cette journée celle de la vie consacrée, même jour que la Présentation de Jésus au temple. Ce qui appelle de notre part une triple attitude : celle de l’émerveillement, de l’offrande et de l’espérance. C’est un bon résumé pour la vie de consacrée ? 

Ces trois mots sont magnifiques. L’offrande, c’est chaque jour. Je vous disais que c’est avec ce cœur de gratitude que j’enfile mon habit mais aussi ce cœur d’offrande. Chaque jour, avec l’aide du Saint Esprit, à la suite de la Vierge Marie, j’offre au Seigneur tous ceux que je porte dans mon cœur, tous ceux qui le connaissent déjà mais surtout ceux qui ne le connaissent pas. L’offrande c’est l’attitude complète du consacré où l’on offre tout ce que l’on est. On la renouvelle dans la journée, que ce soit par le service ou l’accueil de l’autre. L’espérance, c’est vrai que le fait de se balader en portant l’habit dans la rue, ça ne rend pas insensible les personnes qui nous regardent, et ça pose la question de l’existence de Dieu. Je me dis que par cet habit, pour ceux qui le portent ou le regardent, c’est un signe d’espérance pour le ciel, le montrer, c’est aussi, je pense, montrer cette radicalité dans l’offrande au Seigneur pour tourner les cœurs vers le ciel.