le direct Musique sacrée

Des moines français brassent à nouveau

Elle est désormais la seule abbaye à produire, brasser et commercialiser, en France, de la bière. Les moines bénédictins de Saint-Wandrille ont décidé de se lancer depuis quelques mois dans cette aventure. Reportage.

bieremoyenage-e1435912564304En l’An 1000, on comptait presque 500 brasseries monacales. Si la Renaissance a vu le développement des brasseries artisanales au profit de celles des moines, cette activité ancestrale est désormais de retour. A l’abbaye de Saint-Wandrille, il a fallu trouver un autre moyen pour subvenir aux besoins de la communauté.

« Deux de nos activités ont été arrêtées à la fin de l’année 2014. Durant l’été, j’ai réuni la communauté pour savoir ce que nous allions faire. Et très vite nous sommes tombés unanimes sur de l’artisanat pour proposer, dans notre boutique, un produit fabriqué par les moines puisque qu’il y a énormément de passages, énormément de touristes dans la boutique » explique Dom Jean-Charles Nault, père abbé de St Wandrille, « toutes sortes d’idées sont sorties de la communauté ».  Si savons et pâtisseries ont fait parti des propositions, c’est la providence qui a décidé le père abbé : « un de nos frères a eu l’idée de la micro brasserie. J’en ai pris note, et le lendemain je suis parti en Angleterre pour une inauguration. J’y ai croisé une amie dont le mari est brasseur. Il m’a dit qu’il fallait qu’on se lance et nous a offert un kit pour brasser 20 litres. »

 Une bière made in France

Voilà comment les moines se sont lancés. Il y a un an et demie déjà. Depuis Frère Matthieu et Frère Christian sont retournés sur les bancs de l’école. Après une formation dans une école d’agriculture, ils sont devenus les deux frères brasseurs de l’Abbaye de St Wandrille et un troisième doit encore être formé. « C’est pour nous soulager un peu et puis préparer l’avenir, pour assurer la pérennité » indique Frère Matthieu. « Brasser de la bière ce n’est pas si compliqué, c’est surtout beaucoup de responsabilités. J’ai été très surpris de la confiance  que la communauté nous a donné au frère Christian et à moi. Il y a un gros investissement en jeu (750 000 euros), il y a une grande attente, en tant que première bière d’abbaye française depuis des années, notamment sur la qualité. » Brasser de la bière demande de la rigueur, « comme dans la vie spirituelle » sourit le jeune moine brasseur.

Jusqu’à il y a quelques mois, seule la bière Mont des Cats était commercialisée par l’abbaye trappiste du même nom mais brassé en Belgique à Chimay. La bière de St Wandrille est pour le coup une 100 % française. A mi-chemin entre la bière ambrée et la bière blonde, elle est produite uniquement avec du houblon et des céréales cultivées en France.

Si les moines ont besoin de nouvelles entrées d’argents, c’est parce que l’abbaye doit être entretenue.

Un peu d’histoire

La bière a fait la renommée de nombreuses abbayes pendant des siècles. Si avant, le brassage était une activité réservée aux femmes, les moines prirent peu à peu le relais dès le début du Moyen-Age. On leur accorde d’ailleurs la découverte du houblon. Le brassage leur a également donné des privilèges. Privilèges que Charlemagne leur donnera en 768 en leur accordant l’exclusivité. Les laïcs pouvaient brasser mais devaient s’acquitter de la « taxe de Gruyt » qu’ils reversaient aux moines.

La dernière chose à savoir sur la bière, c’est que l’on appelle bière qu’à partir de 1435, avant c’était de la cervoise. Plus tard, Charles VIII a défini les statuts des brasseurs de Paris à la fin du 15 ème siècles. C’est ainsi que la recette de la fabrication de la bière sera plus ou moins unifiée.