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Le purgatoire existe-t-il ?

Oui chez les catholiques, non chez les protestants et orthodoxes. La question du purgatoire divise. Pour en parler, nous avons invité le pasteur Alain Joly et l’abbé Thierry Laurent dans Ecclesia Magazine.

Les indulgences et le purgatoire

Chez les catholiques, le purgatoire est un lieu de purification pour les âmes afin que celles-ci puissent y être délivrées des conséquences de leur péché, et ce avant de rejoindre le Ciel.

1517 marque un tournant important dans l’histoire de l’Eglise, puisque Luther publie ses 95 thèses, signant ainsi le début de la Réforme. « La pratique détournée des indulgences » en faveur des morts fait partie du désaccord, car il rejette le fait de « faire croire aux gens qu’en donnant de l’argent on peut gagner davantage le Ciel » explique le pasteur Alain Joly, chargé de cours à la Faculté théologique évangélique de Vaux-sur-Seine. Au début, Luther ne s’oppose nullement à l’idée de purgatoire, la question est de savoir « si l’on reste longtemps dans cet état de purgatoire ou si la prière au moment de la mort d’un chrétien et la confiance en la miséricorde de Dieu ne seraient pas suffisantes ». L’opposition radicale au purgatoire se fait par la suite, « car on est entré dans des controverses excessives, pour se démarquer d’une pratique de l’Eglise romaine ».

Pour l’abbé Thierry Laurent, aumônier de l’établissement Stanislas, Luther dénonce la pratique abusive des indulgences, « en tant que catholique ». Selon l’abbé Laurent, « on a toujours raison de vouloir améliorer l’Eglise. Si dans son essence, elle est divine ; humainement, elle ne cesse de s’ajuster à cette divinité ».

La question de la justification, au centre du débat

Cependant, la question réside plus largement dans « la théorie de la justification et donc de l’œuvre de la justice de Dieu qui permet l’accès ou non à son Royaume et à sa grâce pour l’Eternité ». En allant plus loin, l’abbé Thierry Laurent interroge sur l’aptitude des humains à agir en faveur des morts. Le mot « purgatoire » est inexistant dans la Bible, cependant on peut trouver une allusion à des offrandes en vue de sacrifices dans le deuxième livre des Maccabées. Dans les écrits du prophète Isaïe et certains psaumes, « il semble que la sanction soit définitive au moment de la mort et qu’on ne puisse plus intervenir pour fléchir Dieu dans sa miséricorde ». A contrario, « saint Matthieu évoque des péchés qui seront remis dans l’autre monde ». Dès lors, « comment évoquer cela, si dans l’autre monde il n’y a pas la possibilité d’agir ? ».

Le pasteur Alain Joly résume ainsi : « A partir de 1537, Luther remet tout le devenir des âmes du purgatoire à Christ », là est sa radicalité. Une différence notoire avec les catholiques qui, à « la confiance en Christ », associent « la coopération de l’homme » et « l’intercession des saints et des âmes du purgatoire » ajoute l’abbé Thierry Laurent. Parlant du purgatoire, le pasteur Alain Joly salue le fait que « ce n’est pas un feu agressif pour infliger une peine, mais un feu de purification », donc il établit un rapport avec « le feu de Pentecôte et le feu de la Parole ». Second bénéfice, « cette approche du purgatoire empêche de classer définitivement et de manière absolue les croyants, en bons et en méchants, il y a encore une espérance ».

Chez les luthériens, la prière pour le défunt se déroule au moment des funérailles et pendant toute l’année qui suit le décès. A noter que nous avons en partage le 2 novembre, jour de prière pour les défunts. Enfin, avant de rendre l’antenne, nos deux invités s’interrogent sur la notion du temps. « Franchie l’étape de la mort, on est dans le temps de Dieu » répond le pasteur « et donc la vision de Dieu peut intervenir sans attendre notre temps à nous », c’est-à-dire le temps du « déroulement des siècles jusqu’au grand jour du Jugement ».