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Le pardon : entre justice et vérité

En Quête de Sens proposait mercredi 12 avril,  un échange autour du pardon et du chemin de vérité qu’il requiert. Nous en parlons avec Danielle Michel-Chich, Edith Prache, Benoît Guillou et le père Guy Lescanne.

Le pardon, difficile mais vital

« J’ai construit ma vie en marge de cet attentat et des conséquences que ça avait sur notre famille ». Dans son livre, Danielle Michel-Chich s’adresse à « sa terroriste » en s’appuyant sur une phrase de Jean-Paul Sartre : « L’important n’est pas ce que l’on fait de nous, mais ce que nous faisons nous-mêmes de ce que l’on nous a fait ». A cinq ans, en 1956, l’auteure est victime de la première bombe posée dans la ville d’Alger. « Sortir de la position de victime est tout un chemin de vie » dit-elle, car « le pardon n’est pas naturel, il s’apprend ».

Spécialiste du génocide rwandais, Benoît Guillou remarque que « comme dans tout pays marqué par la violence extrême, il y a un abîme entre l’avant et l’après ». « Aujourd’hui, dans la région des Grands Lacs, familles de victimes et familles de bourreaux se côtoient », donc la souffrance est sans cesse réactivée. Ainsi, dans une même communauté, le processus de pacification et de restauration du lien entre les personnes s’impose, pour pouvoir vivre de nouveau.

Le pardon et la justice

Pour sortir de leur état de sidération, les victimes ont besoin de voir reconnaître publiquement les faits. La justice est donc incontournable, mais froide. C’est là qu’intervient le pardon, car il vient humaniser la justice. « Le pardon vient du fond de notre être, il est donné gratuitement », nous dit le père Guy Lescanne dont le frère a été assassiné au Cameroun. Néanmoins, la vérité est fondamentale, car « le pardon n’est ni de l’oubli ou ni de la naïveté ».

Au Rwanda, les notions de « Mémoire, Histoire, Justice et Pardon sont facilement instrumentalisées » constate Benoît Guillou, il faut donc être vigilent pour ne pas malmener les traumatismes tant sur le plan individuel que collectif. Comme le disait si bien saint Jean-Paul II « Il n’y a pas de paix sans justice et il n’y a pas de justice sans pardon ».

Le pardon, une démarche réciproque

Le pardon libère et apaise, mais le processus est long. « Le travail est d’accepter d’avoir été victime, et puis – pour l’offenseur – d’accepter d’avoir été offenseur, et ce n’est pas plus simple », affirme Edith Prache, conseillère conjugale et familiale, car « chacun touche à ses fragilités extrêmes ». Dans un couple, dans une famille, il s’agit de « restaurer une alliance ».

Le père Guy Lescanne, quant à lui, invite à déconstruire les mécanismes de violence en dissociant – autant que faire se peut – la personne de son péché. Oui, un homme a tué son frère, « mais je ne dirai jamais qu’il est un assassin » dit-il, car tout homme vaut tellement plus que son péché. « Le pardon est un don, c’est un cadeau. C’est génial quand il est donné, mais il faut qu’il soit reçu pour être efficace ».