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Que sont devenus les rites pour commémorer nos défunts ?

Ce 2 novembre, l’Eglise nous invite à faire mémoire de nos défunts. Beaucoup d’entre nous se sont rendus au cimetière : ce rituel tend-il à disparaître ? Quand le corps et la mort sont évacués de notre société, donnons-nous naissance à une culture appauvrie ? Réponse au micro de Sophie Nouaille avec le philosophe Damien Le Guay.

Invité : Damien Le Guay, philosophe, président du Comité national d’éthique du funéraire, membre du comité scientifique de la SFAP et enseignant à l’espace éthique de l’AP-HP. Auteur de nombreux essais, il vient de publier La guerre civile qui vient est déjà là (éd. du Cerf, 2017)

Damien Le Guay
Damien Le Guay

35 millions de français se rendent au cimetière pour la Toussaint, 25 millions de pots de fleurs y sont déposés : les chiffres ont de quoi impressionner,  mais les médias ne semblent guère s’y intéresser. C’est pourtant un « événement massif, constant, le plus grand événement social de France », d’après  Damien Le Guay. Pourquoi l’occulter ? Le philosophe déplore l’« idéologie journalistique de la nouveauté ». Il voit aussi « un sujet qui embarrasse tout le monde », certains considérant même « qu’il y a des sujets plus sérieux ».

Finalement, « on relègue à un niveau personnel, individuel, ce qui est un événement social, collectif ». Selon Damien Le Guay, cela s’inscrit dans une « tendance de l’individualisme contemporain qui relègue à la sphère intime toute émotion ». Et « c’est plus anxiogène qu’autre chose ».

Alors comment expliquer cet « attachement massif, régulier » des français à la visite des cimetières aux alentours du 2 novembre ?

« Dans un cimetière, il se passe un acte d’affection et de transmission d’une mémoire familiale », analyse l’invité. « C’est l’endroit le plus symptomatique d’une unité familiale qui se fait par la mort des personnes nous ayant précédés ». Au-delà d’une éventuelle tradition religieuse se joue « quelque chose de plus fondamental » : le « sentiment de dette que nous devons à ceux qui nous ont mis au monde », pour un héritage que nous devons  « améliorer » et « transmettre aux générations futures ».

Le cimetière parfois « considéré comme obsolète » garde à nos yeux « quelque chose de sacré ». S’y rendre signifie assumer un rôle essentiel, car « nous sommes les gardiens de nos absents » selon  Damien Le Guay. Gardiens de ceux qui nous ont donné la vie « ont voulu nous transmettre, nous donner ». « Si nous ne sommes plus les gardiens, la discorde, la séparation, le meurtre intervient » explique le philosophe, en faisant allusion à  l’Ancien Testament.

Pour aller plus loin, écoutez l’émission dans son intégralité :