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Notre époque est-elle celle de « l’éclipse de la mort » ?

Entre rêve d’immortalité et culte de la jeunesse, aujourd’hui la mort ne semble plus faire partie de la vie. L’éclipse de la mort, c’est le titre et le sujet du livre du philosophe Robert Redeker, le Grand Témoin de ce 2 novembre.

FIC134274HAB40Pour la première fois dans l’histoire, « nous sommes dans un type de société qui est devenu incapable de cette rencontre [avec la mort] », constate Robert Rodeker. « Dans les familles elles-mêmes, c’est comme si une dépouille mortelle était une honte. On la cache ». Une véritable rupture avec le passé, où  la mort était toujours « un événement public : les dépouilles mortelles étaient exposées publiquement ».

Alors pourquoi a-t-on désormais honte des cadavres ? « Nous sommes devenus provisoirement incapables  de dialoguer avec la mort et même avec la souffrance », explique Robert Rodeker. « Ce qui s’est perdu, en même temps que l’idée de vérité est relativisée, c’est le sentiment que la souffrance et la mort ont un sens », poursuit-il.

Une évolution de la pensée « très liée à l’idée d’effritement, d’éclatement de la vérité » que Louis Daufresne et son invité abordent en première partie d’émission.

« Aujourd’hui, on dit que la souffrance est inhumaine », observe le philosophe. Dans « une société où toutes les choses doivent être légères », où « la détresse et le tragique sont deux sentiments qui ont disparu », l’homme y perd pourtant son humanité. Car « nous ne sommes jamais aussi humains que dans la souffrance, dans l’agonie, au moment de mourir », souligne Robert Redeker.

Mais n’est-ce pas une analyse à laquelle seuls les croyants acceptent d’adhérer ? « Le sentiment de souffrance, que l’on pense ou non qu’une chose existe après la mort, nous humanise », affirme au contraire l’écrivain. « Même les athées perdent beaucoup de leur humanité en fuyant la souffrance et en fuyant la mort. Attention, ce n’est pas une exaltation de la souffrance, une publicité pour le masochisme », précise-t-il.

Selon Robert Rodeker, « il faut cette méditation de la mort pour que nous puissions méditer la vie ».

Mais l’éclipse « est une parenthèse, quelque chose qui un jour aura une fin ». On peut donc espérer que « l’éclipse de la mort », nocive pour l’âme humaine et toute la société, ne sera pas éternelle.

Ecoutez l’émission intégralement :